Oran : les hôtels de la honte

Les migrants subsahariens sont des centaines à s’acquitter d’une demi-journée de salaire, à Oran, pour dormir dans des hôtels insalubres indignes d’un être humain. Le ministère du Tourisme a promis de réprimer ces vendeurs de sommeil et de remédier à ce problème, en septembre dernier, mais tarde à passer à l’action.

« J’ai passé toute la nuit assis sur la chaise. Le lit était infesté de poux et d’autres insectes piqueurs. » Ce témoignage émane d’un ressortissant africain qui a tenu à nous rendre compte des conditions lamentables vécues par toute une communauté « clandestine » dans les petits hôtels d’Oran. « Nous sommes passés de l’inacceptable à l’intolérable », se désole notre interlocuteur depuis sa chambre « double », un abri de fortune loué 800 dinars (8 euros) la nuit. À l’intérieur, le parterre est crasseux, l’odeur est nauséabonde et les meubles datent de l’époque coloniale. Aucune rénovation n’est visiblement faite.

Un étage plus haut, les chambres sont en situation de fragilité inquiétante. Les murs sont rongés par les moisissures, les locataires occupent des chambres dépourvues de tout confort de base (douche, WC). Une communauté de plus en plus importante issue de l’Afrique subsaharienne s’est fidélisée malgré elle dans ces abris qui s’apparentent plus à des cellules qu’à des chambres d’hôtels. Ceux qui ont la chance d’en avoir une s’y enkystent. Ils consacrent une part de plus en plus importante de leur budget au loyer (40% de leurs dépenses). La liste des désagréments s’allonge à l’infini. Le nombre d’expulsions locatives pour cause d’impayé est fréquent.

L’incurie doit être sanctionnée

Oran compte aujourd’hui plus d’une centaine de petits hôtels dont la plupart sont insalubres. Un phénomène en pleine expansion. « On a d’abord constaté qu’ils se dégradaient au fil des ans sans subir aucune rénovation. Mais la gestion de ces abris de fortune est souvent confinée aux marchands de sommeil sans scrupules », admet le gérant d’un hôtel qui a développé tout un réquisitoire contre « ceux parmi ses confrères qui envoient balader les lois régissant le secteur. Ces hôteliers peu scrupuleux devront, dit-il, être poursuivis pour mise en danger d’autrui. Nous devons inciter les pouvoirs publics à fermer plus rapidement ces hôtels en état d’insalubrité », se déchaîne-t-il encore.

Cette « incurie » des propriétaires d’hôtels a incité le ministère du Tourisme à réagir. Sous la houlette de ses services techniques et de ses inspecteurs, il entend « remettre aux normes ces établissements dégradés. » Le ministre du Tourisme, M. Noureddine Moussa, avait récemment annoncé le lancement, en septembre dernier, d’une « opération de reclassement des hôtels touristiques ». Opération qui vise « la mise à niveau des prestations et des tarifs pratiqués par les établissements touristiques à leur standing réel. » Le ministère du Tourisme a en outre promis de lancer, début septembre dernier, la « formation d’inspecteurs chargés du contrôle des établissements hôteliers. » Initiative qui devait concerner une quarantaine de fonctionnaires afin qu’ils bénéficient d’une semaine de formation intensive dispensée par des experts étrangers. Ces promesses de contrôles inopinés dans les hôtels attendent toujours d’être suivies d’effets.

De notre partenaire El Watan