Opération « Mbata ya bokolo » à Brazzaville : des milliers de RD-Congolais expulsés

Le Congo-Brazzaville a entrepris une véritable chasse aux sorcières contre les immigrés en situation irrégulière. Premières victimes de l’opération : les ressortissants du Congo voisin. Selon Kinshasa, plus de 30 000 retours au pays ont été enregistrés depuis samedi dernier. Certains ont quitté d’eux-mêmes Brazzaville, en raison du climat d’hostilité vis-à-vis des « Zaïrois ».

Des centaines de ressortissants de la République démocratique du Congo (RDC) continuent d’être expulsés du Congo-Brazzaville. D’autres, partent d’eux-mêmes. Les autorités de Kinshasa parlent désormais de dizaines de milliers d’exilés. A Beach Ngobila, le port de Kinshasa, au moins trois barges ont fait la traversée du fleuve Congo, entre les capitales de deux pays, pour rapatrier des centaines de passagers, ce mardi après-midi, a constaté l’AFP.

Alors que certains ont transporté à bord un maximum de biens (vaisselle, effets personnels, matelas…), d’autres ont en revanche décidé de tout abandonner au Congo. A leur arrivée à Beach Ngobila, les passagers sont pris en charge et conduits à bord de bus spécialement affrétés par les autorités locales pour être identifiés et assistés à la maison de la commune de Kinshasa, dans la mégalopole kinoise.

Ces expulsions massives font suite à l’opération policière lancée le 3 avril au Congo-Brazzaville nommée : « Mbata ya bokolo » (« La gifle des aînés », en lingala). Elle vise les étrangers en situation irrégulière dans le pays, mais tout particulièrement les Congolais de l’ex-Zaïre. Officiellement, l’opération a été mise sur pied en raison d’une recrudescence de la délinquance.

30 000 retours enregistrés

D’après un agent de la Direction générale de migration à la maison communale de Kinshasa, près de 30 000 retours ont été dénombrés samedi. Depuis ce jour, les arrivées se succèdent à un rythme effréné, environ 3 000 rapatriements quotidiennement. Le gouverneur de Kinshasa, André Kimbuta, avait indiqué, lundi, que la barre de 40 000 expulsions allait être atteinte.

L’une des principale ONG de défense des droits de l’Homme à Kinshasa, La Voix des sans-voix, a accusé les autorités de Brazzaville d’expulser de façon « barbare » des ressortissants de la RDC clandestins ou soupçonnés de banditisme, parlant de « traitements cruels, inhumains ou dégradants », allant même jusqu’à évoquer des cas de « viols » et d’ « extorsions de biens et brimades ». Une jeune femme enceinte, Fatou Mukadi, affirme avoir été témoin du viol de deux de ses compatriotes par des policiers, pendant que les époux de ces dernières étaient tabassés dans leur maison.

Les autorités policières de Brazzaville ont reconnu avoir répertorié quelques bavures. D’ailleurs, 17 agents ont été radiés pour leurs agissements durant l’opération « Mbata ya bokolo ». En RDC, au moins 500 étudiants congolais sont rentrés de leur propre chef à Brazzaville par crainte de représailles. Tout comme de nombreux RD-Congolais qui ont décidé de rentrer à Kinshasa en raison d’un climat de défiance ou d’hostilité vis-à-vis des « Zaïrois ».

Ces milliers de RD-Congolais vivaient à Brazzaville dans l’espoir d’un meilleur avenir. La RDC est classée parmi les pays les plus pauvres au monde. Au Congo-Brazzaville, un peu plus développé, les Congolais de Kinshasa exercent toutes sortes de métiers peu qualifiés : vendeurs à la sauvette, cordonniers ambulants, chauffeurs de taxi…