ONG en Egypte : la condamnation qui dérange ?

La justice égyptienne a condamné, mardi 4 juin, 43 employés égyptiens et étrangers travaillant pour le compte d’Organisations Non gouvernementales. Le verdict a suscité une vive réaction, notamment à l’international. De nombreux pays européens ont fait part de leur indignation. Les Etats-Unis déplorent le caractère politique de ce verdict.

Au total, 43 inculpés dont 27 condamnés par contumace. Le verdict rendu mardi 4 juin par le tribunal de Caire n’a pas été des plus cléments. Pas moins de 43 employés d’Organisations non gouvernementales ont en effet été condamnés par la justice égyptienne. Leur tort : travailler sans autorisation et recevoir des financements illicites.

Parmi les 16 autres, 5 ont reçu des peines de deux ans de prison ferme, dont un Américain resté sur place par solidarité avec les inculpés égyptiens. Les 11 autres ont été condamnés à un an avec sursis. Jointe par Lemonde.fr, Heba Morayef, directrice de Human Rights Watch en Egypte, souligne que cette affaire est le résultat d’une dispute née en 2011 entre les gouvernements égyptien et américain.

Elle met en cause le gouvernement égyptien : « Le gouvernement se dédouane en disant qu’il n’a rien à voir dans cette affaire, car elle a été lancée par le Cour suprême des forces armées (CSFA) ». Avant d’ajouter : « Mais il aurait pu prendre ses distances avec cette affaire et gracier les personnes inculpées ».

Sur les conséquences de ce jugement, Heba Morayef souligne la volonté du gouvernement de sacrifier le personnel de l’ONG. Elle ajoute que de nombreuses ONG ont déjà abandonné l’idée de s’installer en Egypte et se dirigent désormais en Tunisie et Libye. Elle met en garde les organisations égyptiennes sur les conséquences d’un tel procès à court terme.

Le verdict rendu mardi a eu des rebondissements sur le plan international. Le secrétaire d’Etat américain, John Kerry, a exprimé son indignation et accuse l’Egypte d’avoir organisé en ses termes un
« procès politique ». Même son de cloche pour la Grande-Bretagne.
« Ce verdict met en exergue les difficultés auxquelles font face les ONG dans leur travail. Nous sommes préoccupés par ce verdict », déclare Alistair Burt, ministre britannique des Affaires étrangères.

L’Union européenne (UE) a également fait savoir son indignation et a rappelé, dans une déclaration ouverte de Catherine Ashton, Haute Représentante de l’UE pour les Affaires étrangères et la politique de sécurité et de Stefan Fule, Commissaire européen à l’élargissement et à la politique européenne de voisinage, le rôle fondamental joué par les groupes indépendants durant la période de transition égyptienne. « L’Union Européenne a toujours travaillé de manière active avec la société civile égyptienne et a développé des projets qui ont largement porté leurs fruits ».