« On bosse ici! On vit ici! On reste ici! » : les travailleurs sans papiers sur grand écran

Environ 6000 travailleurs sans papiers sont en grève depuis le 12 octobre 2009 pour obtenir leur régularisation de l’État français. Sensibilisé par ce mouvement peu médiatisé, le Collectif des cinéastes pour les sans-papiers leur apporte son soutien en créant le court métrage qui a pour titre le slogan des manifestants On bosse ici! On vit ici! On reste ici! . Ces travailleurs « invisibles », qui paient des impôts et attendent leur carte de séjour, témoignent.

Trois minutes et trente secondes. C’est la durée du court métrage  On bosse ici! On vit ici! On reste ici  signé par le Collectif des cinéastes pour les sans papiers. Isabelle Adjani, Mathieu Almaric, François Cluzet ou encore Vincent Lindon… Plus de 300 artistes du 7ème art apportent leur soutien à l’initiative, diffusée sur Internet depuis lundi et dans 500 salles de cinéma dès le 10 mars, soit quatre jours avant les élections régionales. Six- mille travailleurs sans papiers sont en grève depuis le 12 octobre pour obtenir leur régularisation. Ils payent leurs impôts, leurs cotisations et vivent le plus souvent dans des situations précaires. Mais, qui le sait vraiment?

Pour mieux faire entendre leur cause, beaucoup de monde était au rendez-vous mercredi, à 18h, place de la Nation, à Paris, pour une manifestation. Parmi les élus locaux, les syndicalistes, les associations, des cinéastes membres du Collectif. Seul Laurent Cantet, auteur d’Entre les murs, palme d’Or à Cannes, manquait à l’appel. « Ces personnes sont en grève mais nul n’en parle. Avec le film, beaucoup de sans-papiers se sont mis en danger en se montrant au grand jour. Ils essayent de sortir de l’ombre en exposant leur problème », a expliqué l’un des réalisateurs, Michel Andrieu. Jean-Henri Roger et Christophe Ruggia, les deux cinéastes ayant recueilli les témoignages du court-métrage, ont expliqué la démarche du collectif : « On voudrait que les citoyens se rendent compte de ce qui se passe. En janvier, on a partagé la galette des rois avec les travailleurs sans papiers dans les locaux qu’ils occupent, rue du Regard (6ème arrondissement). C’est à ce moment là qu’on a décidé de faire un film dans la veine des deux précédents, Nous sans papiers de France en 1997 et Laissez-les grandir ici en 2007. » Plusieurs équipes ont tourné pour s’imprégner de l’environnement. « C’était intense. Il fallu monter dix heures de rushs en quatre jours et sur la durée très réduite de 3’30 minutes. Le but était de relancer la visibilité sur le mouvement de grève des sans-papiers », poursuit Christophe Ruggia. Les témoignages recueillis se partageront l’espace réservé aux spots publicitaires du grand écran. Des portraits supplémentaires seront par la suite mis en ligne sur Internet.

Sortir de l’ombre


On bosse ici ! On vit ici ! On reste ici !

Réaliste, le film témoigne du quotidien des femmes et des hommes qui travaillent dans l’ombre. Sans papiers, sans conditions fixes, les nouveaux hors la loi des temps modernes y racontent leur expérience personnelle. « S’il perdent du travail, ils n’ont pas le droit au chômage. S’ils tombent malade, ils n’ont pas le droit à la sécurité sociale. S’ils s’arrêtent de travailler, un pan entier de l’économie s’écroulerait », s’insurge Michel Andrieu.

Présent lors de la manifestation d’hier, Doucouré, l’un des participants du court métrage, fait la grève depuis le 12 octobre. « Je travaillais à l’ADEC, je payais tous les droits… je souhaite la régularisation! », déclare-t-il. « Le film me donne beaucoup d’espoir. Les Français doivent se sensibiliser sur le sujet. On est sous-payé, maltraité, et on travaille à une cadence énorme. On essaye de sortir de l’esclavage moderne. J’espère que le gouvernement va agir », conclue-t-il. Un autre acteur du film, Cissé Hamola, fait part de son expérience. Il a travaillé chez Bouygues, à la RATP et même au Grand Palais pendant trois ans. « J’ai toujours la boule au ventre. Si tu prends des vacances, tu ne sais pas où aller car tu n’as pas de papiers. Je pense que le film va permettre au mouvement d’être connu des citoyens. J’espère que ça va rager au niveau du gouvernement et du patronat », confie-t-il.

Les élus commencent à se déplacer dans les piquets de grèves. « Ce n’est pas pour rien qu’on a fait le film aussi rapidement. Les élections approchant, on espère que le débat va s’enflammer et que le film y aura contribué », expliquent d’une même voix les réalisateurs. Une pétition pour la régularisation des travailleurs sans papiers accompagne le film. Jeudi, le nombre de signataires s’élevait à 47 859.

Selon les associations, il y aurait entre 200 000 et 400 000 travailleurs sans papiers en France. Une autre manifestation aura lieu samedi prochain à 15 heures devant la station de métro Bourse, à Paris. On bosse ici! On vit ici! On reste ici! espère que les images auront plus d’impact que les mots.

 Le site du Collectif des cinéastes pour les sans papiers