Omoyé : un soupçon de pharmacopée ibo révélé

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L’Afrique est riche et nombre de ses richesses restent encore méconnues. Mais l’on peut tomber, par hasard, sur l’une d’elles. Ce fut le cas pour Arnaud Ruel, qui à la suite d’un accident de la mer près des côtes mozambicaines, découvre l’Omoyé, une pommade séculaire ibo dotée de propriétés exceptionnelles. Il en fera un cosmétique de luxe dont les bénéfices sont en partie reversés à sa fondation dédiée à la femme et à l’enfance en Afrique.

Omoyé, l’onguent magistral. Vous en avez certainement entendu parler. Peut-être dans la presse féminine ? Cette crème, à la couleur claire ponctuée d’orangé, aux multiples vertus – cicatrisantes, régénèrantes, hydratantes, lissantes et raffermissantes – est devenu en quelques années l’un des produits phares de la cosmétique de luxe en France et en Europe. A Paris, vous le retrouverez au Bon Marché, dans les Grands magasins parisiens ou encore dans les parfumeries de luxe. Mais plus qu’une aventure commerciale, Omoyé est une aventure humaine et la modeste expression de l’attachement qu’Arnaud Ruel voue au continent qui l’a vu naître. Le presque sexagénaire est le patron des Laboratoires Arcana, crée en 2000, qui fabrique et commercialise l’Omoyé.

La seconde peau des Ibo

L’aventure commence tragiquement quatorze ans plus tôt. Arnaud Ruel est un scientifique multicartes. Notamment, anthropologue, spécialiste de la lutte anti-acridienne et des opérations de reboisement et de reforestation. Il se déplace souvent en Afrique, entre autres, à Madagascar et au Mozambique. Un jour, un pool d’investisseurs s’intéressant à ce pays fait appel à lui pour se rendre dans la zone. Il prend la mer de Madagascar (moyen le plus commode) pour rejoindre les côtes africaines. Mais c’est le drame. Son expédition, composée de deux voiliers, tourne court. Les bateaux se fracassent sur les récifs coralliens et l’une des deux embarcations disparaît en mer. du canal du Mozambique. Arnaud en réchappe avec une partie de son équipage et atterrit, près du canal du Mozambique, dans une tribu mozambicaine de près de 700 âmes : celle des Ibo.

« Ils n’avaient pas vu de Blancs depuis 9 ans », précise le scientifique. Pendant trois mois, il vivra dans cette communauté avec laquelle il tisse des liens très étroits. « Ce sont mes frères », affirme-t-il. Mais dés son arrivée, il est tout de suite marqué par l’espèce de magma grisâtre dont sont enduits, tout au long de la journée, les corps noirs de ces nouveaux hôtes. C’est son premier contact avec l’Omoyé qui signifie en langue ibo « placé au milieu des dieux ». La curiosité du scientifique l’emporte. Il apprend très vite que ce magma leur sert à se protéger des intempéries. On lui apprendra également les secrets de la composition de cet « onguent magistral ». Ce sont les filles, dont l’une s’appelle d’ailleurs Omoyé, du sorcier du village avec sa permission et celle du chef de tribu qui vont lui révéler les 25 plantes qui composent Omoyé ainsi que sa préparation.

Rendre à l’Afrique ce qui lui est du

L’Omoyé est fabriquée à partir de « branchages, de feuillages, de fruits, d’écorces, de sève que l’on fait cuire dans une grande marmite dans laquelle tout le village vient se servir ». Cette mixture, « pas très belle à regarder » et malodorante a des propriétés raffermissantes évidentes, notamment sur le buste et le fessier, mais aussi cicatrisantes. On en utilisera d’ailleurs pour panser ses blessures. L’Omoyé assure également l’hygiène de la peau et les villageois lui attribuent des propriétés mystiques. Conscient de tout cela et en dépit de l’angoisse que lui cause son exil forcé, Arnaud Ruel vient de trouver comment rendre un peu d’elle-même à cette Afrique à laquelle il est très attaché, qu’il estime si riche mais lésée. « Notre mère à tous », dit-il, à qui rien ne revient jamais. C’est ce qu’il appelle « le choc frontal » et qu’il décrit dans son livre à paraître. La commercialisation de l’Omoyé sera sa modeste contribution au développement du continent. L’idée : « diffuser un produit originaire d’Afrique, haut de gamme fabriqué en France aux normes Iso 9001 et qui répond aux standards européens et occidentaux de qualité ».

Il fera donc de l’Omoyé, de ce savoir faire ancestral vieux de 3 000 ans et qui se transmet de mère en fille, un cosmétique de luxe. Car « les Ibo s’en servent pour soigner leur peau. Et comment les Européens appellent un tel produit ? Un cosmétique », constate Arnaud Ruel. A travers l’Omoyé, il souhaite donner un visage positif à l’Afrique : un produit efficace et bien présenté. Une partie des bénéfices liés à la commercialisation des produits Omoyé sont reversées à la fondation dont il est le président, Africa Line dédiée à la femme et à l’enfance en Afrique.

Des cosmétiques aux propriétés reconnues

Mais ce n’est pas ce qui fait vendre. Depuis 4 ans, le bouche à oreille a bien fonctionné. Les consommatrices en Italie, en Espagne, au Japon… se l’arrachent et le corps médical reconnaît les propriétés dermatologiques du produit fabriqué comme en pays ibo, notamment ceux de la gamme Epithélium. Celle-ci se décline en deux produits. Le Sommital, qui est un générique pour tous les problèmes de peau (traitement des brûlures, psoriasis, zona, herpès labial…) et une crème pour les mains et les articulations. La gamme Omoyé comprend, quant à elle, outre l’Onguent magistral, l’huile sacrée de Foraha et un exfoliant/gommant, la crème granitée .

Que dire aujourd’hui de cette aventure qui dure maintenant depuis près de 20 ans ? C’est certain, les mauvais souvenirs sont derrière. Du temps où il s’entendait dire « à votre âge, on ne crée pas une entreprise, on part à la retraite » ou encore « vous êtes fou ! Un produit composé de 25 plantes alors que le premier groupe mondial, l’Oréal, quand il en utilise trois fait jaser». Pour l’heure, Arnaud Ruel veille jalousement sur son secret et se pose de temps en temps la question de sa transmission. Surtout qu’il souhaite s’impliquer beaucoup plus dans les activités de sa fondation, Africa Line.