Omar Ba ou la fausse histoire d’un immigré clandestin

Afrik.com a interviewé, le mois dernier, Omar Ba à l’occasion de la sortie de son deuxième ouvrage Je suis venu, j’ai vu, je n’y crois plus, dans lequel il relate son voyage périlleux vers l’eldorado européen. Seulement, Le Monde révèle que « tout ou presque est faux » dans son récit. Un gros mensonge ponctué d’incohérences et d’anachronismes dénoncés depuis des mois déjà par la communauté sénégalaise sur de nombreux sites internet.

Le témoignage d’Omar Ba dans son ouvrage Je suis venu, j’ai vu, je n’y crois plus, serait faux. C’est ce qu’a révélé mecredi Le Monde. En cause, plusieurs incohérences dans le récit du jeune immigré sénégalais arrivé en France, selon ses propres dires, en septembre 2002, après un voyage périlleux de deux ans. Une enquête du quotidien français du soir démontre que les lieux, les noms de rues et les dates auxquelles l’auteur fait référence dans les différentes étapes de son récit sont inexacts. Pire, certains centres de rétention n’auraient même pas existé au moment où il prétend les avoir fréquentés.

Le journaliste du Monde aurait obtenu des aveux partiels de l’intéressé. Avant lui, le site sénégalais Seneweb.com avait déjà indiqué qu’un artiste de la diaspora avait relevé des incohérences dans le récit d’Omar Ba. Au sein de la communauté sénégalaise, la méfiance et le scepticisme étaient déjà de mise après la sortie de son premier ouvrage: Soif d’Europe. Témoignage d’un clandestin, paru en février 2008, aux éditions du Cygne. Plusieurs réactions avaient dénonçé l’histoire bancale du jeune écrivain.

Une communauté sénégalaise loin d’être dupe

13 septembre 2008, sur le forum de sunusanar.com, site des étudiants et anciens de l’université Gaston Berger de Saint-Louis au Sénégal, une discussion autour d’Omar Ba s’engage. Au début, y est surtout évoqué des propos sur les Sénégalais qui nuiraient à leur propre image. Mais, assez vite, le débat s’attarde sur le discours de l’auteur. Début août, un participant y dénonce une imposture grossière. Au cours du voyage qu’il relate, « il nous dit qu’ils n’étaient plus qu’une dizaine parce que la pirogue qui tanguait, en avait jeté quelques-uns à la mer. Ici, un petit calcul s’impose. Ils étaient 50. Mourad[le passeur] en jette 7. Il reste donc 43. Maintenant, il n’en reste plus que 10. Et 43-10 = 33. Veut-il nous faire croire que 33 personnes se sont suicidées ou sont tombées accidentellement dans l’océan ? Ça fait quand même beaucoup et ce n’est pas du tout facile à avaler ». Incrédule, l’internaute souligne ensuite le fait que sur les 50 voyageurs, il serait le seul survivant. Donc pas de témoins pour le contredire.

Maïssa Mbaye, administrateur du site, affirme avoir croisé l’écrivain au moment même où celui-ci prétendait voyager à bord d’une pirogue en direction de l’Europe. «De 2001 à 2003, Omar Ba était en sociologie à l’université Gaston Berger de Saint-Louis. J’y été moi-même de 2000 à 2005. Je l’ai croisé plusieurs fois et j’ai même un ami qui avait une chambre voisine à la sienne sur le campus », explique-t-il. Si l’imposture laisse désormais peu de doutes, on ignore encore pourquoi M. Ba a menti. «Je ne sais pas si sa motivation était pécuniaire, mais il a vendu ses bouquins sur des mensonges ! Dans son deuxième livre, son message qui tente de casser le mirage d’un eldorado européen se tient, mais il est brouillé par son histoire personnelle de clandestin qui est totalement fausse », poursuit Maïssa Ndaye. Contacté à plusieurs reprises par Afrik.com, Omar Ba n’a pas souhaité s’expliquer davantage. Signe, sans doute, d’un aveu implicite.

Lire aussi:

 Omar Ba : « Je veux casser les stéréotypes sur l’eldorado européen »