Oliver Schmitz : « Nous ne voulions pas faire un énième film sur le sida »

Le film du Sud-Africain Oliver Schmitz Life, above all était en compétition dans la section « Un Certain regard » dont le prix a été décerné ce samedi au film Hahaha du Sud-Coréen Hong Sangsoo. Oliver Schmitz parle de son film, de sa sélection cannoise et de ses acteurs.

Life, above all d’Oliver Schmitz , présenté à « Un Certain regard » au Festival de Cannes, est l’adaptation du livre d’Allan Stratton, Chanda’s Secrets d’après un scénario de Dennis Foon. Le film raconte l’histoire d’une adolescente qui se bat pour sa mère séropositive. Sa première fiction Mapantsula (1987) a fait également ses débuts à Cannes dans la section « Un Certain regard ». Il y dénonçait l’Apartheid. Installé en Allemagne depuis une dizaine d’années, le réalisateur sud-africain a notamment participé au film collectif Paris, je t’aime (2003). Oliver Schmitz est né en 1960, au Cap, de parents immigrés allemands. Après Hijacks stories, Life, above all est son troisième long métrage de fiction.

Afrik.com : Dans Life, above all, il est question du sida qui fait des ravages en Afrique du Sud. D’autant plus que les autorités sud-africaines ont été lentes à réagir face à la pandémie. Une campagne nationale vient d’être lancée par le président Jacob Zuma. En tant que Sud-Africain, que vous inspire tout cela ?

Oliver Schmitz :
Ce film parle de ce qui est arrivé ces quinze dernières années, des dommages causés aux populations par les politiques. Tout ce que j’espère, c’est que l’annonce faite par le président Zuma va permettre de rassembler tout le monde afin qu’on soit capable de lutter contre cette maladie. Car il y a des enfants qui n’ont plus de parents, des adolescentes de 13 ans qui sont chefs de famille. En d’autres termes, il n’y a plus de famille.

Afrik.com : Quand on découvre votre film, on se dit qu’on a déjà vu ça. Pourtant, l’émotion est au rendez-vous. Vous avez réussi à développer une œuvre originale ?

Oliver Schmitz :
Nous ne voulions pas faire un énième film sur le sida. C’est avant tout l’histoire d’une famille que la maladie détruit. Si on dit ça dès le début, il n’y a plus rien à raconter. C’est plus efficace quand on laisse le spectateur tomber amoureux de cette famille. Ce qui lui arrive ensuite est un choc pour lui.

Afrik.com : Vous êtes connu pour être un cinéaste engagé. C’est important pour vous de parler des problèmes sociaux en Afrique du Sud ?

Oliver Schmitz :
C’est peut-être parce que j’ai grandi dans une Afrique du Sud ségrégationniste. J’ai vu ce qui est arrivé et je faisais partie de la classe dirigeante. Sans avoir le choix. C’est pour cela qu’il est important de me démarquer de cela. C’est peut-être aussi parce que mes parents sont de la génération de la Seconde Guerre mondiale et qu’ils sont Allemands. Les questions morales revêtent une importance capitale pour moi.

Afrik.com : C’est votre contribution de cinéaste au renouveau de la société sud-africaine ?

Oliver Schmitz :
Oui. On peut dire cela comme cela.

Afrik.com : Votre film a été sélectionné dans la section « Un Certain regard ». Qu’est-ce que cela représente pour vous ?

Oliver Schmitz :
C’est fantastique. Les gens semblent aimer le film. Etre ici permet au film d’être vu et de voyager à travers le monde. J’espère aussi que cela signifie autant pour moi que les acteurs. Ils ont été acclamés pour leur performance. C’est important de démontrer que les acteurs sud-africains peuvent être aussi performantes que les stars hollywoodiennes dans des fictions sud-africaines. C’est la preuve qu’ils sont au moins aussi bons que les autres comédiens.

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