Odito Rei ou la rumba de là bas

Pas que de la danse et des rythmes chauds, dans le premier album d’Odito. L’artiste congolaise présente également dans cet opus rumba pur jus un concept musical où le message tient une place à part entière.

Par Firmin Mutoto Luemba

Avec Désabusé, son premier album, Odito Rei joint l’utile à l’agréable. L’artiste congolaise sait choisir ses titres et y placer du contenu fort, que ce soit pour des thèmes sur l’amour ou sur la vie en général. Dans « Amnésie », elle invite le mélomane lingalophone à faire preuve de plus de recul quant au sens de leur vie sur terre (« Ici sur Terre, nous sommes des passagers. Nous ignorons d’où nous venons, où nous allons, et avons oublié notre raison d’être ici-bas, juste comme des amnésiques »). Sans oublier de rendre hommage aux parents, avec le titre « Naluka kuande », elle jette un regard lucide sur son pays, la République démocratique du Congo, notamment à travers le morceau « Inventaire ». « Après le mandat, il faut un bilan. Combien d’hôpitaux, d’écoles et de facs avez-vous construit? L’idiot, cet ennemi du peuple, s’est asservi et a vendu le pays aux étrangers. Que le passé vous pousse à méditer. Vivent le parlement élu, la sécurité du territoire, l’armée du peuple, la liberté des médias… ». Le tout sur de la rumba à l’ancienne de bonne facture.

Touche Bikutsi

Tous ces textes, l’auteur-interprète les rend d’une voix qui s’est longtemps entraînée en faisant des chœurs (studios et scènes) ainsi que des premières parties pour certains artistes des deux Congos (Aurlus Mabelé, Bozi Boziana, Koffi Olomide, King Kester Emeneya, les Redoutables de Gerad Akueson, etc). Avec des arrangements simples, elle reste dans les sillons de rumba classique mais pas académique. Odito Rei a su s’entourer des valeurs sûres : Aby Surya (la dauphine de Mbilia Bel), le duo Luciana-Ballou canta, et autres dans les choeurs; Popolipo (ancien guitariste des Papa Wemba, Zaiko Langa Langa, Olomidé), Komba Bellow (percussionniste de Lokua Kanza), parmi d’autres.

Petite originalité, Odito est allée dénicher un vieux chant populaire du Cameroun, signé et internationalisé par Toto Guillaume, l’un des « Lions Indomptables » de la musique de ce pays. Avec aisance, les tripes d’Odito « crachent » ce 12e et dernier morceau, en langue douala, et sur fond de rythme bikutsi. Elle apporte en cela une autre couleur sonore à cet opus, dominé par les incontournables soukouss et rumba. Autre petit plus, l’artiste nous offre, comme bonus avec son album, un dvd de trois de ses clips…!

Odito, Désabusé, 2005-02-24

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