Obasanjo lâche Taylor

Le chef de l’Etat nigérian Olusegun Obasanjo pourrait livrer l’ex-président libérien, Charles Taylor, à la justice de son pays. En exil depuis le 11 août dernier au Nigeria, l’ancien chef de guerre est un hôte embarrassant pour Lagos. Si Obasanjo reconnaît la légitimité d’un procès, il refuse qu’on lui force la main pour une éventuelle extradition.

Fin de l’hospitalité nigériane pour Taylor ? Le Président nigérian Olusegun Obasanjo a déclaré mardi qu’il n’excluait pas d’extrader l’ancien leader libérien Charles Taylor, en exil sur son territoire, vers son pays d’origine. « Il est libérien. Pas Nigérian. Si les Libériens parviennent à rassembler les preuves de ses méfaits ou de ses crimes, je m’attends à ce qu’il retourne chez lui tôt ou tard », a-t-il expliqué. Une annonce qui devrait permettre au Liberia de le juger pour crimes de guerre mais qui ne doit satisfaire qu’à moitié la communauté internationale. Elle réclamait en effet que l’ex chef de guerre comparaisse directement devant la Cour spéciale des Nations Unies pour ses exactions perpétrées pendant la guerre civile de Sierra Leone (1991-2002).

Rien ne dit que le Liberia souhaite le retour de Charles Taylor. Même confiné dans un tribunal. Le Président par intérim Gyude Bryant a déjà exprimé sa préférence pour une extradition vers la Sierra Leone. Pourtant, Taylor a bien des comptes à rendre à la justice. Il est au centre d’un conflit sanglant qui a éclaté en 1989 et a coûté la vie à quelque 250 000 Libériens.

Elément perturbateur

La perspective d’un retour du chef de guerre pourrait mettre les autorités fraîchement intronisées dans une situation délicate. Il faut dire que Taylor, même en exil depuis le 11 août dernier, reste l’homme fort du pays. Certains observateurs estiment qu’il contrôle 90% de l’économie libérienne depuis le sud du Nigeria. Son retour pourrait déstabiliser un Etat qui peine à retrouver son équilibre.

Que se passerait-il si le Liberia se décide à juger Charles Taylor, mais que ce dernier refusait de partir ? « Je l’en persuaderai », a répondu Olusegun Obasanjo lors d’une conférence organisée mardi à l’attention de la presse étrangère. De quoi souligner l’ambiguïté de sa politique. Il a fermement condamné le fait que le Congrès américain ait mis à prix la tête de Taylor pour deux millions de dollars. Un geste qu’Abuja considérait comme une violation de sa souveraineté. Il avait même renforcé le dispositif de sécurité autour de l’intéressé pour prévenir toute atteinte à son intégrité physique. Une façon de dire à la Maison Blanche que personne ne lui imposera quoi que ce soit, qu’il est le seul maître de son pays.

La tension entre Abuja et Washington semble s’être aplanie. Mais la bannière étoilée a fait savoir par le biais de son Secrétaire d’Etat qu’elle « persiste à croire à croire que M. Taylor doit affronter la justice du tribunal » de la Cour spéciale. L’annonce de l’extradition de l’ancien président libérien en cas de demande de Monrovia prend dans ce contexte encore plus de poids. Elle permet au Nigeria d’affirmer sa souveraineté et de montrer que le destin de Charles Taylor est entre ses mains, pas dans celles de l’Amérique.