Nouvelle vague d’ondes africaines

Le média le plus prisé d’Afrique connaît une discrète révolution. Du plus petit village à la brousse la plus reculée, on peut aujourd’hui capter plus de 40 radios. Pas de grésillements, pas d’interruption d’antenne… et un bouquet de chaînes panafricaines et internationales de qualité. Gros plan sur Worldspace corporation, l’investisseur audacieux à l’origine de ce coup de maître.

Pas toujours facile d’avoir de la bonne musique à Nairobi. La radio, lorsqu’on parvient à la capter, grésille parfois avec férocité. Au Carnivore, un club chic du centre de la capitale kenyane, c’est pourtant une house dernier cri au son impeccable qui enflamme les soirées dansantes. Le club ne dispose pas d’une discothèque infinie. Il a simplement fait l’acquisition d’un petit objet assez magique. De la taille d’une radio, le récepteur satellitaire, qui a coûté un peu plus de 150 dollars au gérant, permet de capter 40 canaux. Des chaînes internationales comme Bloomberg, CNN ou RFI mais aussi Walf FM ou Congo radio. Et tous les soirs, le canal de Worldspace corporation, la compagnie qui a conçu ce bijou de la micro-électronique, diffuse les tubes qui font guincher les Kenyans. Jamais d’interruption d’antenne, son digital, pas de crépitement… Du jamais vu dans cette région d’Afrique de l’Est.

Un pari à gros budget

Pour parvenir à un tel résultat, Worldspace a fait un pari audacieux. En octobre 1999, cette multinationale a investi dans la construction et le lancement d’Afristar, le premier satellite africain dévolu entièrement à la diffusion radio. Aujourd’hui, Afristar arrose toute l’Afrique de ses ondes.  » Environ 400 000 foyers écoutent la radio via le petit récepteur Worldspace « , estime Eugene Reich, porte-parole de la compagnie.  » Nous sommes particulièrement bien implantés au Kenya, au Ghana et au Nigeria, c’est à dire dans les régions où la radio passe mal « , se félicite notre interlocuteur. Mais il avoue aussi que ces résultats sont significatifs d’un début difficile. Le récepteur est cher pour la plupart des Africains, même si la compagnie assure travailler sans cesse à faire baisser ses prix.

La question qui vient immédiatement à l’esprit est donc de savoir comment cette compagnie, qui reconnaît ne pas encore équilibrer son budget, finance les investissements nécessaires au lancement de satellites. Car Worldspace ne s’est pas arrêté à l’expérience Afristar. En 2000, elle a opéré au lancement d’un autre satellite surplombant l’Asie, et prévoit pour cette année le lancement d’une troisième station au-dessus de l’Amérique du Sud.

L’énigme Samara

 » C’est notamment grâce aux fonds de notre président, M. Samara, que nous avons pu réaliser ces investissements « , reconnaît Eugène Reich. Noah Samara. Ce milliardaire d’origine soudano-éthiopienne auréole Worldspace de son mystère. Il est très difficile de savoir d’où provient son immense fortune personnelle. La légende voudrait que ce business man au grand coeur ait eut l’idée d’Afristar à l’époque où le sida faisait ses premiers ravages en Afrique. Il aurait alors vu dans la généralisation du média radiophonique un moyen de circonvenir la maladie par la diffusion de l’information. Mythe fondateur de la compagnie ? Sincère compassion d’un généreux bienfaiteur ? S’il n’a pas stoppé la pandémie, le procédé révolutionnaire de Samara est en tout cas en passe de contaminer le continent.