Nouvelle nuit d’émeute en banlieue parisienne : une impression de déjà vu…

De nouvelles violences ont éclaté dans la nuit de lundi à mardi dans six communes du Val d’Oise, en banlieue parisienne, au lendemain de la mort de deux adolescents dont la mini-moto a percuté une voiture de police à Villiers-le-Bel. Plus de soixante policiers et un journaliste ont été blessés, et une vingtaine d’incendies de véhicule et de bâtiments ont été recensés. Des événements qui ressemblent à s’y méprendre à ceux de l’automne 2005.

Pour la deuxième nuit consécutive, le Val d’Oise, dans la banlieue nord de Paris, a été le théâtre d’une flambée de violence. Selon le bilan délivré par la police, soixante-quatre policiers ont été blessés – cinq d’entre eux sont dans un état grave – lors de nouveaux affrontements entre jeunes et forces de l’ordre, entre 19H30 à 01H00 du matin, dans six villes du département du Val d’Oise (Villiers-le-Bel, Sarcelles, Garges-lès-Gonesse, Cergy, Ermont et Goussainville), a-t-on appris de source policière.

Soixante-trois véhicules et cinq bâtiments ont été incendiés dans ces villes, dont la bibliothèque Louis jouvet, deux écoles, la trésorerie et un supermarché à Villiers-Le-Bel, selon la préfecture. Cinq personnes ont été interpellées, a déclaré la Direction départementale de la sécurité publique (DDSP). Et aucune information n’a été délivrée sur d’éventuels blessés du côté des émeutiers.

La veille, dans la nuit de dimanche et lundi, quarante fonctionnaires de police avaient été blessés en tout à Villiers-Le-Bel (Val-d’Oise). Parmi eux, le commissaire de police de Sarcelles, Jean-François Illy, qui avait été « frappé à coups de barres de fer à la face » et qui avait encore été « frappé alors qu’il se trouvait au sol » selon les déclarations faites, lundi, par la procureure de la République de Pontoise, Marie-Thérèse de Givry. Huit jeunes avaient été interpellés.

Les premiers éléments de l’enquête privilégient la thèse de l’accident

Les émeutiers reprochent aux forces de l’ordre d’avoir intentionnellement tué deux adolescents, Moushin, 15 ans, et Larami, 16 ans, dimanche soir, dans une collision entre la mini-moto de ces derniers et un véhicule de police à Villiers-Le-Bel. Et les appels au calme lancés par les familles des deux victimes de Villiers et des autorités n’ont produit aucun effet.

Les premiers éléments de l’enquête de l’Inspection générale de la police nationale (IGPN) ont écarté, lundi, la responsabilité des policiers dans l’accident. La moto, a établi l’IGPN, roulait « à très vive allure » et aurait refusé, à une intersection, la priorité au véhicule de police qui roulait « normalement, sans dépassement de vitesse en agglomération et sans gyrophare ». Cependant, l’investigation n’est pas encore achevée.

Les émeutes qui embrasent le Val d’Oise ont comme un air de déjà vu. L’extension des violences de Villiers-le-Bel à cinq communes du département laissent redouter une escalade similaire à celle de l’automne 2005. La mort dans un transformateur électrique à Clichy-sous-Bois, en Seine-Saint-Denis, de Zyed Benna et de Bouna Traoré, deux jeunes poursuivis par la police, avaient provoqué trois semaines de violences urbaines dans le pays. Même période de l’année, même zone géographique, même profil des victimes, la ressemblance entre les deux scénarios est frappante.

La rapidité de l’embrasement montre aussi que les grands discours qui ont émaillé les pré-campagnes et campagnes présidentielle et législative en 2006 et 2007, la fermeté des déclarations de Nicolas Sarkozy, la nomination de trois ministres originaires d’Afrique et du Maghreb, la présence plus nombreuse des « minorités visibles » à la télévision, n’ont pas produit les effets escomptés sur la jeunesse des quartiers populaires. Cette dernière se sent toujours marginalisée, et dans les quelques témoignages recueillis par la presse hier et aujourd’hui auprès des émeutiers, le sentiment d’être assimilés à des citoyens de seconde zone est particulièrement récurent. La France n’a pas encore trouvé les solutions qui permettraient aux jeunes des quartiers populaires, pour la majorité issus de l’immigration, de trouver une place décente dans la société. Ces nouveaux embrasements montrent à quel point le sujet reste urgent.