Nouvelle ère

Ainsi la Côte d’Ivoire n’a pas voulu des militaires parce qu’elle ne voulait pas la guerre. Ce sont jusqu’aux miliciens de Gueï qui ont refusé, mercredi,  » d’avoir une guerre civile sur la conscience.  »

Le général a joué sa chance jusqu’au bout, et il a perdu la partie assez logiquement. Pas de quoi le féliciter de son obstination, ou plutôt de son entêtement a fausser le jeu de bout en bout.

Les Ivoiriens ne voulaient pas d’un militaire pour plus longtemps que le délai nécessaire à rétablir la légalité démocratique. En dépit de son passé de chef militaire respectueux de ses concitoyens – nul n’a oublié son refus de tirer sur les civils il y a cinq ans -, Gueï a oublié que la dictature est une plaie aussi douloureuse que la corruption.

Comment, d’ailleurs, les démêler l’une de l’autre en l’occurrence ? La junte n’a-t-elle pas triché depuis le début ? Triché en spéculant sur le malheur de son pays et la pauvreté de ses habitants. Triché en tentant de manoeuvrer le RDR. Triché en échafaudant une Constitution sur mesure. Triché en sortant Ouattara du processus électoral. Triché en attisant puis en apaisant la xénophobie tour à tour, au gré de ses besoins.

Si le général Gueï a perdu ces élections et, pour finir, le reste de considération dont il jouissait en Côte d’Ivoire, c’est enfin parce que son analyse de la configuration politique de ces élections était mauvaise. Il s’est chargé d’éliminer Ouattara pour son compte propre, mais aussi pour le compte de Gbagbo. En retirant du jeu ADO, celui à qui on l’aurait naturellement affronté le 22 octobre, Gueï se privait de la possibilité de rassembler tous les anti-Ouattara (Gbagbo en tête) sur son nom au deuxième tour.

Ce serait presque comique si des manifestants ne l’avaient pas payé de leur vie : c’est parce qu’il a refusé, jusqu’au bout, d’observer les règles de la démocratie que Gueï a achevé de gâcher son possible destin présidentiel.

Plus qu’à un rétablissement de la légalité, c’est au début d’une nouvelle ère politique que l’on a assisté aujourd’hui. Laurent Gbagbo n’a pas été le dernier à se réclamer de  » l’ivoirité « . Son pouvoir ne commence pas sans incertitudes… mais c’est une autre histoire.