Nouveau procès pour Khalifa

Le jeune homme d’affaires Abdelmoumen Rafik Khalifa, qui s’était réfugié à Londres pour fuir la justice algérienne, sera prochainement extradé vers… la France, où l’attend un nouveau procès.

L’aventure Khalifa n’en finit pas de connaître des rebondissements inattendus, de procédure en procédure. Celui qui avait fait rêver les yeux ouverts une Algérie grisée par ses premiers pas vers le capitalisme semble désormais s’enfoncer dans une inexorable chute, qui se terminera sans doute un jour en Algérie, où il purgera probablement la lourde peine de prison ferme à laquelle il a été condamné à Blida en le 22 mars 2007.

Le rêve de l’argent facile

Petit retour en arrière : Khalifa, c’était l’ivresse de l’argent facile, la Khalifa Bank d’abord, qui avait su séduire les petits épargnants algériens comme certaines grosses institutions de la République, qui avaient confié à cet établissement moderne et novateur le soin de faire fructifier leurs économies… Après la banque, cela avait été le tour de la compagnie d’aviation, Khalifa Airways, dont l’aigle planait sur les maillots de l’Olympique de Marseille, tandis que ses tarifs exceptionnellement bas taillaient des croupières à la vénérable Air Algérie. Après la compagnie aérienne, était venu le temps de la télévision, avec Khalifa TV, et le 3 septembre 2002 l’apothéose médiatique d’une aventure marketing hors du commun.

Journalistes et célébrités du monde du spectacle avaient été invités pour le lancement de Khalifa TV à une fête prodigieuse sur les hauteurs de Cannes, dans une immense villa, probablement l’une des plus belles de la Côte d’Azur, nichée au coeur d’un parc démesuré, où des vedettes internationales de la chanson étaient venues chanter, au milieu d’un parterre de stars où l’on retrouvait pêle mêle Depardieu, Deneuve, Jack Lang, Patrick Bruel, Cheb Mami, Luc Besson, Paul Belmondo, Naomi Campbell, Patricia Arquette, Véronique Sanson, Saïd Taghmaoui, Henri Giscard d’Estaing, Jacques Weber… Show-bizz, télévision, médias, artistes, sportifs, hommes d’affaires, tout ce petit monde rassemblé sous les flambeaux de la fête par l’architecte ephémère de cette prospérité fragile : Rafik Abdelmoumen Khalifa.

Le vol brisé d’Icare

Mais Icare avait sans doute voulu monter trop haut, trop vite… La fuite en avant de l’homme d’affaires à qui tout semblait réussir s’arrêta net, quelques mois plus tard, avec la faillite en cascade de tout le château de cartes factice que composaient ses actifs imbriqués les une dans les autres, dont la Khalifa Bank ne parvint soudain plus à nourrir les déficits…

La crise de confiance de certains gros épargnants, et de nombreux petits, révéla soudain la fragilité de l’établissement, qui avait dilapidé tous ses actifs dans des investissements peu rentables à court terme. La roche tarpéienne est près du Capitole. C’est en effet de faillite frauduleuse et du détournement de 3,2 milliards de dinars (soit 33,4 millions d’Euros) que Khalifa se retrouva soudain accusé.

Extradé vers une prison française

Le dernier épisode en date de l’Odyssée Khalifa, après sa condamnation par coutumace en Algérie à la prison à vie, est donc le rebondissement que constitue aujourd’hui son extradition vers la France. C’est en effet la décision que vient de prendre le juge Anthony Ewans, siégeant en son tribunal de Westminster, à Londres, et statuant sur la demande d’extradition délivrée par le Tribunal de grande instance de Nanterre (région parisienne), qui avait provoqué son arrestation à Londres le 27 mars dernier. Cette décision ne sera notifiée solennellement à Rafik Khalifa que le jeudi 30 août 2007.

Conséquence immédiate : Rafik Abdelmoumen Khalifa va prochainement rejoindre une prison française, et c’est devant la justice française qu’il devra pour la première fois s’expliquer personnellement. Le paradoxe est que les faits de détournement qui lui sont reprochés en France ne concernent que certaines filiales de son Groupe, enregistrées en France, comme Antinéa Airlines ou Khalifa-Rent-a-Car, qui auraient « offert » gracieusement deux Mercedes blindées et de somptueux appartements parisiens à Rafik Khalifa et à sa famille…

Un goût amer

Des babioles, face à l’ampleur des dilapidations quotidiennes que constituaient tous les investissements désastreux qu’il réalisait chaque jour, par folie des grandeurs ou par aveuglement… Mais il est vrai qu’il est plus difficile de qualifier une faute de gestion même répétée et démesurée, qu’un pur et simple détournement, quand il est attesté. Reste que cette mauvaise gestion qu’ils jugent encore impunie laisse un goût amer à nombre d’Algériens qui virent en quelques jours leurs économies partir en fumée, ou leur emploi disparaître…

Saura-t-on jamais la vérité sur cette aventure financière impétueuse et sans lendemain, qui fit fondre en quelques années beaucoup d’argent? Et toutes ces dilapidations furent-elles bien perdues pour tout le monde? C’est peut-être ce que dira la suite de la procédure engagée par les juges français de Nanterre, connus pour leur pugnacité, dans le traitement des affaires financières…