Nord-Kivu : les carcasses d’hippopotames de la Semuliki ravivent la crainte de l’anthrax


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Un hippopotame
Un hippopotame

Plusieurs hippopotames ont été retrouvés morts ces derniers jours dans la rivière Semuliki, au Nord-Kivu, à proximité du parc national des Virunga. L’Institut congolais pour la conservation de la nature (ICCN) et les services sanitaires ont appelé les populations riveraines à la plus grande prudence. La cause de cette mortalité reste inconnue, mais le souvenir de l’épisode d’anthrax qui avait décimé des hippopotames dans la région en 2025 pousse les autorités à ne prendre aucun risque.

Le long de la Semuliki, l’alerte est désormais prise au sérieux. Des carcasses d’hippopotames ont été découvertes dans les eaux de cette rivière qui traverse une zone particulièrement sensible du Nord-Kivu. La Direction provinciale de l’Institut congolais pour la conservation de la nature (ICCN), en collaboration avec les autorités sanitaires, demande aux riverains de ne pas s’approcher des animaux morts.

Pour l’instant, aucune cause n’a été officiellement établie. Des prélèvements doivent permettre aux laboratoires de déterminer ce qui a provoqué cette mortalité inhabituelle. L’ICCN refuse donc de tirer des conclusions hâtives, mais considère que la situation justifie une vigilance renforcée.

Ne pas toucher aux carcasses

Les consignes adressées aux populations sont très précises. Il est demandé de ne pas toucher, déplacer, découper, ouvrir, enterrer ou brûler les carcasses. La consommation de leur viande est également interdite, de même que son achat, sa vente ou son transport, qu’elle soit fraîche, cuite, séchée ou fumée. Les enfants, le bétail et les animaux domestiques doivent être tenus à distance des zones où des carcasses ont été observées. Les autorités recommandent aussi d’éviter l’utilisation de l’eau située à proximité d’un animal mort et de privilégier une source sûre ou correctement traitée.

Ces précautions concernent directement les communautés qui vivent et travaillent autour de la Semuliki. La rivière constitue en effet une ressource importante pour les populations locales, ce qui rend la surveillance sanitaire particulièrement délicate. L’ICCN demande enfin que toute nouvelle mortalité animale soit immédiatement signalée aux services vétérinaires, aux autorités locales, aux relais communautaires ou aux agents de conservation. Toute personne présentant des symptômes inhabituels après avoir été en contact avec un animal mort, malade ou avec une viande suspecte doit rapidement se rendre dans une structure de santé.

Le précédent de 2025

Si les autorités se montrent aussi prudentes, c’est aussi parce que le Nord-Kivu a déjà connu une importante flambée d’anthrax chez les animaux sauvages. En avril 2025, des dizaines d’hippopotames et plusieurs buffles étaient morts dans le secteur du lac Édouard et de la rivière Ishasha, dans le parc des Virunga. La FAO avait alors fait état de 52 hippopotames et sept buffles morts signalés par les postes de patrouille de l’ICCN. Des analyses avaient confirmé la présence de Bacillus anthracis, la bactérie responsable de l’anthrax.

La maladie ne concerne pas uniquement la faune. L’Organisation mondiale de la santé rappelle que l’anthrax est une zoonose, c’est-à-dire une maladie susceptible de passer de l’animal à l’être humain. En 2025, des cas suspects avaient notamment été signalés au Nord-Kivu après les premières alertes liées à la mortalité des hippopotames.

Un nouveau cas confirmé chez un hippopotame avait d’ailleurs encore été signalé en août 2026 dans la région de Vitshumbi, sur les rives du lac Édouard, selon une alerte sanitaire rapportée en septembre.

Une menace encore à confirmer

Le rapprochement avec l’anthrax est donc compréhensible, mais il ne constitue pas encore un diagnostic. Les carcasses découvertes dans la Semuliki pourraient avoir une autre origine. Seuls les résultats des analyses permettront de trancher. Pour les autorités, l’objectif immédiat est surtout d’empêcher que la curiosité, la recherche de viande ou une mauvaise manipulation des dépouilles ne transforme une mortalité animale en problème sanitaire pour les populations.

Dans cette partie du Nord-Kivu où la faune sauvage et les communautés vivent au plus près les unes des autres, chaque carcasse devient ainsi un signal à surveiller. L’ICCN appelle les habitants à rester calmes, mais à respecter strictement les mesures annoncées jusqu’à la publication des résultats des analyses.

Serge Ouitona
Serge Ouitona, historien, journaliste et spécialiste des questions socio-politiques et économiques en Afrique subsaharienne.
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