No more Ray

Ray Charles, 73 ans, est décédé chez lui dans la nuit de jeudi à vendredi, des suites d’une maladie. Le « génie de la soul music », chanteur, instrumentiste et compositeur, avait été l’un des pionniers de ce genre musical mêlant gospel, blues et rythm’n’blues. Il laisse derrière lui 50 ans d’une brillante carrière jalonnée de tubes.

Il avait une voix grave, sensuelle et éraillée à la fois, reconnaissable entre toutes. Une façon bien à lui de balancer son corps frêle de chaque côté de son piano. Une manière de sourire de toutes ses dents même en chantant le blues. Ray Charles, silhouette sombre et lunettes noires, était plus qu’un chanteur, instrumentiste (piano et saxo alto) et compositeur. C’était une icône. Et un défricheur. Il a été l’un des plus grands innovateurs de la scène musicale américaine, mélangeant, à la fin des années 40, le gospel et le blues. Réconciliant ainsi la musique de Dieu et celle « du diable », il est parmi les inventeurs, avec Sam Cooke, de la soul music.

Il sera propulsé sur le devant de la scène avec son tube « I got a woman » en 1954. Suivront « What’d I say » en 1959 et la magnifique ballade blues « Georgia on my mind » (1960), devenu depuis l’hymne officiel de son Etat natal. D’autres titres vont consolider sa carrière : « Hit the road Jack » et « I can’t stop loving you » en 1961.

Aveugle et orphelin

Pourtant, le « Genius of the Soul » n’a pas toujours chanté la mélodie du bonheur. Né le 23 septembre 1930 à Albany, en Georgie, dans une famille pauvre et sous le nom de Ray Robinson, il passe son enfance à Greenville, en Floride. Sa mère est blanchisseuse et élève seule ses deux fils. Le frère aîné de Ray se noie sous ses yeux dans une baignoire. Il a 6 ans. Un an plus tard, il perd la vue à la suite d’un glaucome. Placé dans un institut pour non-voyants, il y joue ses premières gammes. Un professeur de piano lui fait découvrir le gospel, le rythm’n’blues, le swing et la country. Des musiques qui vont l’influencer durant toute sa carrière.

A 15 ans, sa mère décède. Ray se retrouve orphelin. Il quitte alors l’école pour entamer une carrière de musicien à Jacksonville et deux ans plus tard, débarque à Seattle avec 600 dollars en poche. Il vivote de bars en bars, lorgnant sur son modèle, le superbe vocaliste Nat King Cole. En 1948, il change de nom, sort son premier disque (« Confession Blues ») et devient accro à l’héroïne. Après plusieurs années de misère, il rencontre le producteur Quincy Jones qui lance sa carrière.

Un artiste géant

Ray Charles pouvait s’enorgueillir d’un palmarès impressionnant, à tout point de vue. Il a eu neuf enfants de cinq femmes différentes, a remporté 13 Grammy, les plus prestigieuses récompenses de la musique aux Etats-Unis, et venait de fêter son 10 000è concert au printemps dernier. Le soulman, qui était aussi un grand chanteur de jazz, s’est éteint dans la nuit de jeudi à vendredi, à 73 ans, des suites de complications d’une maladie du foie, chez lui, à Beverly Hills, entouré de ses proches.

Ses amis, à l’instar de ses fans, le regrettent déjà. « C’était un être fabuleux, plein d’humour et d’esprit. Un artiste géant et, bien sûr, quelqu’un qui a fait connaître la musique soul au monde entier », a déclaré la grande chanteuse Aretha Franklin. « La mort de Ray Charles est une perte incroyable pour le monde de la musique. Il a inspiré tant de gens, sa musique vivra éternellement », a expliqué Elton John qui a enregistré un duo avec lui en mars dernier. Ray Charles aura joué sa partition jusqu’au bout, annonçant il y a quelques mois qu’il souhaitait remonter sur scène le plus vite possible. Pourtant, ses dernières apparitions en public l’ont montré affaibli, se déplaçant en fauteuil roulant. Comme le 30 avril dernier, alors que ses studios d’enregistrement étaient classés « bâtiments historiques » par la ville de Los Angeles. Ray, quant à lui, restera à jamais un « monument » de la black music.