
Jeunes, bardées de diplômes des meilleures business schools mondiales et bien décidées à accompagner le développement de leurs pays respectifs, les nouvelles cadres d’entreprises énergétiques africaines incarnent une génération à la fois ambitieuse et enracinée.
Un géant énergétique en devenir. Jusqu’alors éclipsée par le volume des productions moyen-orientales, russes ou sud-américaines, l’Afrique – et singulièrement l’Afrique de l’Ouest – pourrait à court et moyen termes s’imposer comme un acteur incontournable du pétrole et du gaz. En témoigne la succession de découvertes de nouveaux gisements prometteurs en Côte d’Ivoire, au Sénégal ou encore au Ghana.
Une demande énergétique exponentielle
En Côte d’Ivoire, l’entrée en production, en août dernier, du gisement Baleine, s’apparente ainsi à un game changer pour le secteur énergétique africain. D’un volume certifié de 2,5 milliards de barils de pétrole et de 3 300 milliards de pieds cubes de gaz, cet immense gisement offshore, découvert en 2023 par la compagnie pétrolière italienne Eni, pourrait produire à l’horizon 2027 quelque 200 000 barils par jour.
Au large du Sénégal cette fois, le projet Grand Tortue Ahmeyim (GTA) s’apprête à livrer 2,3 millions de tonnes de gaz naturel liquéfié (GNL) par an dès la première phase de son exploitation, qui devrait courir sur une vingtaine d’années. Toujours en Afrique de l’Ouest, le bloc Deepwater Tano Cape Three Points (DWT/CTP), dans les eaux ghanéennes, devrait quant à lui permettre de produire 268 millions de nouveaux barils de pétrole.
Avec désormais près de 9% des réserves mondiales de pétrole, l’Afrique se positionne donc comme une alternative stratégique aux leaders historiques du secteur. Une place de choix pour le continent, qui doit au moins autant à la demande africaine elle-même qu’aux richesses de son sous-sol. Car, parallèlement à son explosion démographique, l’Afrique comptera 2,5 milliards d’habitants en 2050, c’est bien un véritable choc de la demande énergétique intérieure que le continent va devoir absorber, celle-ci devant augmenter de 8,9% par an en moyenne d’ici 2040.
Nina Keita, un leadership de proximité et de terrain
De nouvelles ressources, de nouvelles richesses pour les pays africains… et de nouvelles têtes. Fort logiquement, cette nouvelle ruée vers l’or noir draine avec elle de nombreuses entreprises du secteur énergétique – qui partagent, pour certaines d’entre elles, une singularité : celle de compter en leur sein des figures montantes de la scène économique africaine, et notamment des femmes dont le parcours et l’ambition reflètent la jeunesse et le dynamisme de la population du continent.
Ainsi, en Côte d’Ivoire, on découvre Nina Keita. Diplômée de la prestigieuse université américaine de Columbia, la quarantenaire est, depuis juin 2019, directrice générale adjointe de la Société de gestion des stocks pétroliers de Côte d’Ivoire (GESTOCI), une entreprise publique chargée de la gestion du stock de sécurité de l’État ivoirien. « Le stockage », confiait récemment l’intéressée à Financial Afrik, « c’est l’assurance-vie d’un système énergétique. Sans capacité, il n’y a ni sécurité pour les ménages, ni crédibilité pour les marchés voisins ».
Un poste hautement stratégique donc. Pour autant, Nina Keita tient à garder les pieds sur terre et une prise permanente avec le réel : comme elle l’écrit elle-même sur sa page Facebook, « rien ne remplace le contact direct avec la réalité du terrain ». La jeune dirigeante ivoirienne met ainsi un point d’honneur à se rendre à la rencontre des salariés des sites de production et de distribution d’énergie ; et de la population ivoirienne, comme à l’occasion de l’inauguration, en avril dernier, d’un centre médico-social baptisé de son nom à Yamoussoukro, au sein d’un bâtiment nommé « Ibrahima Doumbia », DG de la GESTOCI.
Kadijah Amoah, Khady Dior Ndiaye : ces businesswomen africaines qui brisent le plafond de verre
Au Sénégal voisin, c’est un profil plus « business » – mais toujours féminin – qui pilote le développement du gisement de Grand Tortue. Passée sur les bancs de l’université de Georgetown et de HEC, Khady Dior Ndiaye a quitté le monde de la haute finance pour celui de l’énergie, en devenant en 2019 vice-présidente régionale de Kosmos Energy, qui opère le champ gazier GTA. Un projet à 5 milliards de dollars qui n’effraie pas la dirigeante, selon laquelle « ce projet transformera (le Sénégal et la Mauritanie), leur ouvrant des perspectives de développement durable ».
Au Ghana enfin, c’est encore une femme, Kadijah Amoah, qui a pris la tête de la multinationale Pecan Energies Ghana Limited, qui opère le bloc DWT/CTP. Forte d’une expertise juridique et commerciale, Kadijah Amoah est la première Ghanéenne à diriger une entreprise internationale d’exploration et de production de pétrole et de gaz et s’est vu décerner, en 2023, le prix de la « Personnalité féminine de l’année dans le secteur de l’énergie » lors des Ghana Energy Awards. Nina Keita, Khady Ndiaye, Kadijah Amoah : trois visages, trois femmes, trois pays – trois ambitions pour une Afrique en plein boom énergétique.





