Nigeria : Yar’Adua poussé vers la sortie

La confusion règne au Nigeria entre les pouvoirs exécutif et législatif. D’un côté, le Sénat fédéral a annoncé mercredi que le président Umaru Yar’Adua, hospitalisé en Arabie Saoudite depuis le 23 novembre 2009, devait laisser sa place au Vice-président Goodluck Jonathan. D’autre part, le gouvernement stipule qu’il n’y a aucune raison de le démettre. Les États-Unis, la France, la Grande-Bretagne et l’Union européenne appellent le pays à répondre par la voie démocratique.

Alors que le Nigeria se relève à peine des affrontements sanglants de Jos entre chrétiens et musulmans et que les dossiers à traiter s’accumulent, le fauteuil présidentiel demeure vacant. L’absence du chef de l’État Umaru Yar’Adua, hospitalisé à Juddah en Arabie Saoudite depuis le 23 novembre crée une tension grandissante dans le pays. De plus en plus de voix s’élèvent pour réclamer sa démission et le transfert de son pouvoir au Vice-président Goodluck Jonathan afin de mettre fin à la paralysie politique du Nigeria.

Inquiets, les États-Unis, la Grande-Bretagne, la France et l’Union européenne ont appelé aujourd’hui le pays à répondre par la voie démocratique à ce vide du pouvoir. Lors de la conférence de Londres sur l’Afghanistan, ils ont demandé à chaque partie de faire preuve de « retenue » et de chercher à résoudre leurs différents par des « moyens pacifiques ». Un semblant de  dialogue  s’est établi cette semaine entre l’exécutif et le législatif, semant une bataille des pouvoirs au Nigeria.

Goodluck Jonathan, Président?

Pour contrer le vide politique dans le pays, le Sénat nigérian a demandé mercredi, au président du pays, Umaru Yar’Adua, de signaler officiellement à l’Assemblée nationale sa mise en congé de maladie. La notification permettrait de réduire les pressions présentes dans le pays depuis son départ, il y a plus de 65 jours.

La décision annoncée hier par le Président de la Chambre haute, David Mark, a été prise à l’unanimité des sénateurs. « A l’issue d’une réunion à huit clos pendant deux jours, le Sénat presse le président de formellement notifier par écrit à l’Assemblée nationale de son absence médicale, en application de l’article 145 de la Constitution de 1999 », précise la résolution.
La Constitution stipule ainsi qu’avec une telle annonce écrite au Sénat et à la Chambre des représentants, le sudiste Goodluck Jonathan peut alors agir en son nom comme « président par intérim » avant les élections de 2011.

Le gouvernement soutient Yar‘Adua

Presque de façon simultanée, le gouvernement fédéral a affirmé qu’il n’y avait pas de raison de démettre Umaru Yar’Adua. « Le président n’est pas dans l’impossibilité d’assurer ses fonctions. Le traitement médical qu’il reçoit hors du pays ne constitue pas une incapacité qui conduise à lancer une procédure de destitution », a affirmé le ministre de la justice, Michael Aondoakaa à l’issue du Conseil des ministres hebdomadaire. Avec la Constitution de 1999, le Conseil, en grande partie désigné par le président, a l’autorité exclusive pour le désigner inapte à exercer ses fonctions.

Vendredi dernier à Abuja, la Haute Cour avait donné 14 jours au gouvernement pour décider de l’aptitude du Président à assumer ses fonctions.

Mais son absence prolongée cause des déchirements au sein de la population nigériane. Le pays stagne et des mesures, comme la loi de finances 2010, sont retardées. Deux manifestations ont déjà réuni plusieurs milliers de personnes à Abuja et Lagos. Pour sortir le pays du chaos, des élections démocratiques semblent nécessaires, évitant ainsi un gel politique sur la durée. Goodluck Jonathan devrait sauter sur l’occasion.