Nigeria : victoire contestée de Yar’Adua à l’élection présidentielle

Umaru Musa Yar’Adua, le candidat du Parti démocratique populaire (PDP, au pouvoir), a remporté dès le premier tour l’élection présidentielle du Nigeria. L’annonce a été faite, lundi, par la Commission électorale nationale indépendante (INEC). Cette victoire a été aussitôt contestée par l’opposition et la communauté internationale.

Avec Panapress

Le candidat du Parti démocratique populaire, Umaru Musa Yar’Adua, a remporté une large victoire à l’élection présidentielle du Nigeria. Le président de la Commission électorale nationale indépendante (INEC), Maurice Iwu, lors d’une conférence de presse lundi à Abuja, a annoncé qu’il a obtenu 24.638.063 voix. Selon M. Iwu, le candidat du « All Nigeria People’s Party » (ANPP), Muhammadu Buhari, est arrivé second avec 6.606.299 voix, tandis que le vice-président Atiku Abubakar de Action Congress (AC) est troisième avec 2.637.848 voix. M. Yar’Adua, 56 ans, gouverneur de l’Etat de Katsina (nord), devrait être investi dans ses fonctions le 29 mai 2007 pour succéder au président Olusegun Obasanjo, qui a effectué deux mandats de quatre ans chacun.

Ces élections ont été entachées de très graves violences. « Au moins 200 personnes, dont des policiers et des candidats », ont été tuées, selon l’Union Européenne. Au moins 39, selon des chiffres officiels nigérians. Et de nombreuses accusations de tricherie ont été formulées par les candidats de l’opposition et les observerteurs internationaux et nigérians. MM. Buhari et Abubakar ont rejeté les résultats, affirmant qu’il s’agissait clairement de fraudes. Ils ont promis de les contester en justice. « Nous rejetons ces résultats et nous allons porter l’affaire devant les tribunaux », a déclaré à la presse un officiel de l’ANPP, Tom Ekimi, parlant également au nom de l’Action Congress (AC).

Lundi, le chef de la mission d’observation de l’UE, Max Van den Berg, a affirmé que les élections du 14 et du 21 avril « sont loin des critères démocratiques internationaux de base. Elles ont été caractérisées par une piètre organisation, le manque d’une élémentaire transparence, des preuves évidentes de fraude, particulièrement durant le processus de collecte et de compilation des résultats, l’impossibilité pour beaucoup d’électeurs de voter ». La Maison Blanche s’est déclarée « profondément troublée » par les affrontements mortels et les soupçons d’irrégularité. La Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao), a estimé elle aussi que la présidentielle n’a été « ni libre ni équitable ». Les observateurs du Commonwealth ont également fait état d' »imperfections significatives », précisant avoir été directement témoins d’au moins un cas de bourrage d’urne et un autre de bulletins prémarqués. Quant au plus grand groupe d’observateurs nigérian, le Transition Monitoring Group (TMG), il a exigé lundi l’organisation de nouvelles élections.

Obasanjo cherche à apaiser les mécontents

Le président sortant du Nigeria, Olusegun Obasanjo, a reconnu que les élections générales de 2007 dans son pays étaient entachées d’irrégularités et invité ceux qui se sentaient lésés par les résultats à user des moyens constitutionnels à leur disposition pour demander réparation.  » L’INEC devrait aider les tribunaux électoraux à assurer une résolution rapide de tous les litiges pouvant leur être soumis, en fournissant des documents pour les plaignants et les défendeurs », a déclaré le président Obasanjo dans un discours diffusé sur toute l’étendue du territoire lundi.

Le président Obasanjo a estimé que les élections étaient un processus « qui permettait la contestation et disposait de mécanismes de recours », en ajoutant: « Notre Constitution et notre système judiciaire prévoient que les participants aux élections puissent se sentir lésés et proposent donc des réparations ». Il a déclaré que malgré ces défaillances, qu’il a cité comme le retard de l’installation du matériel électoral qui a empêché beaucoup de gens de voter, la violence, le marquage multiple des bulletins par des individus et des groupes et le vol et la destruction d’urnes, les résultats de ces élections ne sont pas sensiblement différents des prévisions moyennes ». M. Obasanjo a imputé aux partis et aux hommes politiques les problèmes liés aux élections du 14 et du 21 avril. « Les partis politiques et je dis bien tous les partis politiques, ne peuvent s’absoudre des défaillances enregistrées », a-t-il affirmé. Puis il a ajouté que « certains dirigeants politiques ont attisé ouvertement la haine et la violence, tandis que d’autres se sont engagés dans des activités subversives flagrantes ».

Dans l’ensemble, il a demandé à ses compatriotes de se concentrer « sur l’objectif plus ambitieux de maintenir et de consolider [le] processus démocratique » et de rien faire « qui puisse menacer l’existence de [la] nation et sa survie au nom de l’opportunisme politique ».

Un nouveau président issu du sérail

M. Obasanjo, qui a fait de M. Yar’Adua son dauphin, a déclaré que son honnêteté et sa transparence faisaient de lui l’homme idéal pour présider aux affaires du pays le plus peuplé d’Afrique.

Gouverneur de l’Etat de Katsina, dans le nord du Nigeria, Umaru Musa Yar’Adua, 56 ans, est le premier diplômé d’université à être porté à la magistrature suprême du pays le plus peuplé d’Afrique. Il est diplômé de second cycle en Chimie de la célèbre université Ahmadu Bello de Zaria, dans le nord du pays, et a enseigné durant de nombreuses années avant de s’investir en politique et d’être élu membre de l’Assemblée constituante en 1988. Après une première tentative infructueuse, il est finalement devenu gouverneur de Katsina en 1999, quand les militaires ont cédé le pouvoir à un gouvernement démocratiquement élu après 15 années de régime militaire sans interruption.Il a été réélu en 2003, ce qui signifiait qu’il ne pouvait plus briguer ce poste dans le cadre de la Constitution nigériane.

M. Yar’Adua se préparait à reprendre ses fonctions d’enseignant, après l’expiration prévue de son mandat de gouverneur le 29 mai 2007, quand il a été désigné candidat présidentiel du PDP au pouvoir, bien qu’il n’ait pas exprimé l’intention de briguer la plus haute charge nationale. Cet homme politique taciturne, dont le choix comme candidat présidentiel du Parti démocratique populaire (PDP) au pouvoir a donc constitué une surprise, est issu d’une famille politique. Son père et son oncle ont joué des rôles de premier plan dans les affaires de la nation. Feu son frère aîné, le général Shefu Musa Yar’Adua, était le premier adjoint du général Olusegun Obasanjo, quand ce dernier présidait aux destinées du pays de 1976 à 1979 en tant que chef d’Etat militaire. Si les élections n’étaient pas invlaidées, il devrait, dès le 29 mai, présider officiellement à la destinée du pays.

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