Nigeria : la mort du président Yar’Adua ouvre une succession à haut risque

Le président intérimaire du Nigeria, Goodluck Jonathan, a prêté serment jeudi pour succéder à Umaru Yar’Adua à la tête de l’Etat. Ce dernier est décédé mercredi, à l’âge de 58 ans, des suites de problèmes cardiaques. Le président défunt devait être enterré aujourd’hui dans l’Etat de Katsina (nord au pays) d’où il est originaire. Les tensions au sein du parti au pouvoir, le Parti démocratique du Peuple (PDP), annoncent une succession difficile.

Le président du Nigeria Umaru Yar’Adua est décédé mercredi à l’âge de 58 ans des suites d’une longue maladie. Hospitalisé en novembre en Arabie saoudite durant des semaines puis revenu au Nigeria en février, il était dans l’incapacité d’exercer ses fonctions. Le président intérimaire Goodluck Jonathan, en poste depuis le 9 février, a prêté serment jeudi pour succéder lui à la tête de l’Etat. L’enterrement Umaru Yar’Adua est également prévu aujourd’hui jeudi dans l’Etat de Katsina (nord au pays) d’où il est originaire, a indiqué un officiel nigérian. Sept jours de deuil national ont en outre été décrétés.

« La nation est en deuil « 

« La nation est en deuil et je suis sûr que le monde aussi est en deuil avec nous ce soir », a déclaré Goodluck Jonathan à l’annonce du décès du président Yar’Adua mercredi. Des chefs d’Etat occidentaux, le président américain Barack Obama a été le premier à réagir à cette nouvelle. «Nous nous souviendrons avec respect de la profonde intégrité personnelle du président Yar’Adua et de son profond engagement pour le service public, ainsi que de sa croyance passionnée dans l’immense potentiel et le brillant avenir de 150 millions de Nigérians », a-t-il affirmé dans un message de condoléances.

L’état de santé du président Yar’Adua était un secret si bien gardé que le président par intérim Goodluck Jonathan dût reconnaître publiquement n’avoir même pas été autorisé par son épouse Turai Yar’Adua à lui rendre visite. De santé fragile, il avait effectué au moins quatre séjours de soins depuis son élection. Ancien professeur de chimie, M. Yar’Adua avait succédé en 2007 à Olusegun Obasanjo à la tête du pays à l’issue d’élections porteuses d’espoir dans un pays gangréné par la corruption et les coups d’Etat à répétition. Même si des irrégularités avaient été relevées, c’était la première fois dans l’histoire du Nigeria qu’un civil succédait démocratiquement à un autre civil à la tête du pays. Mais à l’euphorie démocratique finit par succéder la désillusion. Umaru Yar’Adua n’a pas été assez ferme dans la lutte contre la corruption, comme il n’est pas parvenu à stopper les violences dans la région pétrolière du delta ni à apaiser les tensions entre les musulmans et les chrétiens.

Selon un règlement interne du parti au pouvoir, le Parti démocratique du Peuple (PDP), le président élu doit être choisi pour un second mandat, soit huit ans, en alternance entre le nord et le sud de la fédération. Goodluck Jonathan, ancien gouverneur issu du sud pétrolier, ne devrait donc pas être le prochain candidat. Mais au sein du parti, la bataille fait depuis février rage pour la succession de Yar’Adua. Les tensions sont telles que le président par intérim a dû hausser fin avril le ton contre ses pairs du PDP, leur enjoignant de « serrer les rangs » plutôt que d’étaler les dissensions du parti, relève leparisien.fr. Le mandat de Goodluck Jonathan, qui devrait rester en poste jusqu’aux élections d’avril 2011, s’annonce difficile. Ces derniers mois, des affrontements interreligieux ont fait des centaines de morts dans le centre du pays tandis qu’au sud les rebelles ont repris leurs attaques contre les installations pétrolières.