Nigeria : vers une télévision 100% nationale

Les réalisateurs en rêvaient, le Nigeria l’a fait. Grâce aux sections 2 et 20 de l’acte 38 du Code de la Radiodiffusion Nigériane amendé en 1992, le pays de Nollywood se positionne en précurseur dans le domaine de la législation audiovisuelle africaine. Depuis le 1er avril 2009, la Commission nigériane de diffusion (NBC) requiert une programmation 100% nigériane sur toutes les stations de télévision terrestres nationales.

Depuis fort longtemps, les producteurs africains espèrent que leurs gouvernements appliqueront un système de quota pour les productions nationales. Bien qu’ils existent parfois déjà dans les lois – notamment pour les salles de cinéma – ces quotas prennent rarement effet.

En appliquant un quota aux horaires de prime-time nigérian (19h-22h), la Commission nigériane de diffusion fait figure de précurseur dans le domaine de l’audiovisuel africain. Pour les producteurs nigérians, cette décision est une véritable opportunité d’accéder aux programmes des chaînes de télévision. Souvent monopolisées par des productions étrangères, les télévisions africaines ont du mal à représenter équitablement les œuvres de leurs pairs. Mais au Nigeria où la vidéo est reine (1771 films produits en 2008), le public sait apprécier les productions locales.

De ce fait, le choix de la tranche horaire 19h-22h est tactique car il s’agit d’un moment où « la famille, en tant qu’unité, est vraisemblablement ensemble pour regarder la télévision ». Dans une notification publique distribuée aux professionnels de l’audiovisuel , la NBC appuie le fait que la responsabilité de diffusion d’œuvres doit se faire dans le respect des familles « qui méritent des programmes de bonne qualité ». Ainsi, tout programme présentant des activités sexuelles, de la nudité, de la violence, du sang, du tabagisme, de la prise de drogue ou d’alcool est sanctionné par la NBC. De surcroît, le dénigrement de la gente féminine, le langage (ou l’attitude) obscène et injurieux des personnes à l’écran ainsi que l’utilisation de l’exorcisme et de pratiques occultes ou paranormales prônant une certaine réalité sont aussi passibles de sanctions, à moins qu’il n’y ait une réelle justification éditoriale à cela.

Le Nigeria, deuxième producteur de films au monde

Afin de faire respecter ces critères – rappelons que l’industrie vidéo nigériane s’appuie majoritairement sur des histoires de sorcellerie, d’amour et d’argent – la Commission nigériane de diffusion a mis en place une procédure de sanction impressionnante. Première sanction : une amende de 500 000 nairas (2657€), payable dans les 14 jours. Deuxième sanction : le règlement d’une amende d’1 millions de nairas (environ 5021€) additionné de la diffusion d’un message d’information d’une heure imposé par la NBC, durant le fameux prime-time familial. Troisième sanction : la réduction quotidienne des heures de diffusion de la chaîne en cas d’accumulation d’infractions. Pour terminer, toute violation supplémentaire du décret encoure la suspension pure et simple de la licence de diffusion de la chaîne télévisée sanctionnée.

Selon une étude menée par l’Institut Statistique de l’UNESCO (ISU) en 2009, le Nigeria atteignait, en 2006, la deuxième place du classement mondial en matière de productions de films. Avec 872 films produits cette année-là (contre 1091 films à Bollywood et 485 films à Hollywood) la réglementation des films nigérians est devenue primordiale. En effet, si les bénéfices de cette industrie cinématographique – plus de 250 millions de dollars – sont regardés avec attention par les producteurs des pays voisins, il n’en est pas de même de la qualité des images et de la piraterie massive de ces mêmes œuvres. En favorisant l’insertion de productions nigérianes sur les chaînes de télévision nationales à une heure de grande écoute, la Commission nigériane de diffusion espère donc ouvrir les grilles des programmes aux réalisateurs nationaux trop souvent mis à l’écart par des images venant d’ailleurs.

Le parc audiovisuel nigérian est très riche : la chaîne fédérale NTA existe depuis 1959 et les trente-six Etats de la fédération possèdent eux aussi des chaînes de télévision autonomes. En dynamisant la production télévisuelle nationale grâce à des œuvres de qualité destinées aux familles nigérianes, la NBC veut repositionner les télévisions face à leurs obligations morales : « La responsabilité de diffusion pour informer, éduquer et divertir ne doit pas se faire aux dépens de l’intérêt nigérian, de l’unité et de la cohésion des diverses configurations sociales, culturelles, économiques, politiques et religieuses du Nigeria […] ». Si la NBC – mandatée depuis 1992 par le gouvernement fédéral du Nigeria pour réguler la diffusion radiophonique, télévisuelle et satellitaire – se permet pareille remarque, c’est bien parce qu’elle sait qu’il s’agit là d’« une disposition que les chaînes de télévision ont ouvertement négligées avec le temps ».

Espérons donc que ce décret favorisera l’émergence de productions audiovisuelles de qualité et incitera les pays africains à appliquer des quotas dans les grilles de programmation de leurs chaînes télévisées.