Nigeria : Goodluck Jonathan sur la sellette face aux rapt des lycéennes

L’avenir politique du Président nigérian Goodluck Jonathan pourrait bien dépendre de celui des lycéennes enlevées par le groupe terroriste Boko Haram qui sème la terreur dans le pays depuis 2009.

Goodluck Jonathan ne peut pas dormir sur ses deux oreilles en ce moment. Le Nigéria est en ébullition depuis l’enlèvement des 223 lycéennes par la secte Boko Haram. L’avenir politique du chef d’Etat nigérian pourrait aussi bien dépendre de celui des jeunes filles enlevées.

S’il n’a pas encore annoncé sa candidature à sa propre succession, tout le monde s’attend à ce que Goodluck Jonathan âgé de 56 ans brigue un autre mandat le 14 février 2015, malgré les nombreuses voix, au sein de son propre camps qui lui demandent de laisser la place à un autre candidat. Le chef de l’Etat était déjà en difficulté avant que les adolescentes ne soient enlevées. D’autant que son parti, le parti démocratique populaire (PDP) a déjà perdu sa majorité parlementaire, suite à de nombreuses défections de députés ces derniers mois au profit du Congrès progressiste (APC), la principale formation d’opposition.

«Goodluck Jonathan n’est pas à la hauteur»

D’après de nombreux experts, qui se sont confiés à l’AFP, la grande indignation provoquée par le manque de réactivité du gouvernement au lendemain du rapt massif des lycéennes à Chibok a mis l’avenir du président sur la sellette. Pour l’éditorialiste Olatunji Dare, du quotidien indépendant The Nation, Goodluck Jonathan « a apporté la preuve qu’il n’est pas à la hauteur de ses fonctions. Quelle que soit l’issue de cette crise, M. Jonathan aura du mal à apparaître comme un président digne de confiance pour diriger le Nigéria et relever les défis à venir ».

L’éditorialiste estime également que le fait qu’il se présente à la présidentielle de 2015 serait très « égoïste et dénué de patriotisme ». Goodluck Jonathan, chrétien originaire du Sud, a succédé au président musulman Umaru Yar’Adua en mai 2010, dont il était le vice-président, à la mort de celui-ci dans l’exercice de ses fonctions. Il aurait promis en privé de ne servir qu’un mandat, lors de son élection en 2011.
Nombre de ses détracteurs l’accusent de n’avoir rien fait pour développer le nord du pays, où le fort taux de chômage et la pauvreté n’ont fait qu’alimenter l’insurrection menée par les islamistes de Boko Haram, qui a fait des milliers de morts depuis 2009.

« Il devrait démissionner »

Certains vont même plus loin, affirmant que si Goodluck Jonathan s’est montré si indifférent au sort des jeunes filles de Chibok, c’est justement parce qu’il ne se sent pas concerné par le sort de la population du nord à majorité musulmane. Le professeur d’université Dapo Thomas qui ne mâche pas ses mots pense que le président devrait s’inspirer de l’exemple récent du Premier ministre sud-coréen, « qui a démissionné suite à l’accident de ferry qui a fait des centaines de victimes. Mais au Nigéria, où les politiciens manquent de moralité et d’intégrité, plus de 200 filles ont été enlevées et le Président fait comme si de rien était ».

Sans compter, selon Dapo Thomas, que le fait que Goodluck Jonathan ait accepté l’aide internationale pour retrouver les jeunes filles est une honte pour le Nigéria qui se considère comme le géant de l’Afrique. D’après lui, s’il décide de briguer un second mandat, il n’obtiendra même pas 20% des voix. Mais d’autres analystes ne sont pas du même avis, estimant au contraire que Goodluck Jonathan a bien fait d’accepter l’aide des Etats-Unis, de la Grande Bretagne, de la France et d’Israël et de tenter de dialoguer avec Boko Haram. D’autres estiment même que Goodluck Jonathan peut encore sortir vainqueur de cette crise, en tirant la couverture à lui si les adolescentes sont libérées saines et sauves et en accusant l’aide étrangère si on ne les retrouve pas.

Pour le moment, il y a plus grave. L’heure est à l’unité, rappelle l’éditorialiste du journal Punch, Niyi Akinasso. Selon lui, même si l’inaction du chef d’Etat au lendemain du rapt de Chibok est très choquante, « nous devons nous rassembler autour de notre président et nous joindre aux efforts internationaux pour retrouver et secourir les jeunes filles ». En attendant, la course contre la montre continue pour retrouver les lycéennes. On craint qu’elles subissent des violences sexuelles, qu’elles soient vendues comme esclaves ou même tuées.