Nigeria : la vague d’enlèvements s’intensifie

Dans la nuit de mardi à mercredi, neuf Sud-Coréens employés par la compagnie Daewoo ont été enlevés par des hommes armés dans la zone pétrolifère du delta du Niger. Le Nigeria fait face à une vague d’enlèvements de travailleurs étrangers qui va s’intensifiant depuis un an. Les responsables de ces rapts exigent leur part des revenus pétroliers réalisés par l’Etat et les multinationales.

L’enlèvement de neuf Sud-Coréens, travaillant au Nigeria pour la société Daewoo Engineering and construction, révélé ce mercredi par les autorités nigérianes a été confirmé par le siège de l’entreprise, à Séoul, selon l’AFP. Les otages ont été kidnappés, dans la nuit de mardi à mercredi, par des hommes armés de fusils et de dynamites dans leur base, aux environs de Yenagoa, la capitale de l’Etat de Bayelsa, dans le delta du Niger. Une équipe a été mise en place afin de tenter d’obtenir leur libération. Cependant, l’enlèvement n’a pas été revendiqué. Cet événement n’est pas un cas isolé au Nigeria, le 8e producteur mondial de pétrole. En effet, trois Italiens, un Libanais et cinq Chinois sont actuellement retenus en otage dans la région pétrolière. Depuis une semaine, pour les derniers, et plus d’un mois, pour les premiers.

De nombreux groupes de rebelles opèrent dans la région. Le Mouvement pour l’Emancipation du delta (MEND) est le principal d’entre eux. Le 7 janvier, il avait menacé de reprendre ses attentats contre les compagnies pétrolières et les enlèvements de membres leur personnel. Il a reconnu détenir les trois Italiens et le Libanais, a démenti son implication dans l’enlèvement des Chinois et n’a pas revendiqué celui des Coréens.

La répartition des richesses du pétrole mise en cause

Le Mouvement pour l’Emancipation du delta (MEND) réclame un meilleur partage des revenus pétroliers pour la population locale et des compensations pour la destruction de l’environnement occasionné par l’exploitation des hydrocarbures. Il revendique également la libération de l’ex-gouverneur de l’Etat de Bayelsa, Diepreye Alamieyeseigha, et celle de « Mujahid » Dokubo Asari, chef charismatique qui affirme mener ses actions au nom des Ijaw, la quatrième ethnie du pays, majoritaire dans le delta du Niger.

Dans cette région, la pauvreté est endémique et la population est négligée depuis une dizaine d’années par les autorités. Le MEND, soutenu par les chefs coutumiers, a pour ennemis désignés : le gouvernement fédéral nigérian constitutionnellement propriétaire de toutes les ressources du sol et les compagnies internationales telles que Shell, Chevron, Total, Agip qu’il accuse de piller ces richesses avec la complicité de l’Etat. Mais pour le gouvernement nigérian, ces attaques relèvent du grand banditisme. Elles sont perpétrées a seule fin d’obtenir des opérateurs étrangers le versement de rançons.

Le Nigeria tire environ 90% de ses devises du pétrole extrait dans la zone du delta. L’instabilité qui y prévaut se répercute sur le cours mondial du pétrole. Selon le gouverneur de la ville de Lagos, Bola Tinubu, chaque attaque, enlèvement ou sabotage augmente le prix du baril à Londres ou à New York. En 2006, le pays a perdu près de 4,4 millions de dollars en raison de la chute de la production pétrolière causée par les troubles, selon son ministre des finances, Menadi Uman. Si une solution n’était pas trouvée à ce problème, les conséquences économiques et sociales pourraient être majeures. Le Nigeria tire environ 90% de ses rentées en devises du brut extrait dans la zone du delta.