Nigeria: la pollution oubliée

Au Nigeria, les marées noires sont monnaies courantes. Identifier la cause de cette pollution n’est pas une tâche aisée dans cette région complexe et violente, où chacun se renvoie la responsabilité. Tandis que les compagnies pétrolières parlent de sabotage, les défenseurs de l’environnement et des droits de l’Homme fustigent la négligence de ces compagnies qui n’entretiendrait et ne surveilleraient pas suffisamment leurs installations.

Shell a reconnu que 14?000?tonnes de brut avaient fini dans la nature en 2009. Entre 1976 et 2001, la principale firme pétrolière du Nigéria aurait été responsable de plus de 6800 déversements soit l’équivalent de 400 000 tonnes de pétrole répandues dans les eaux et sols du delta.

«Les fuites de pétrole dans le delta du Niger ne sont pas forcément spectaculaires, mais nombreuses et constantes», explique Danièle Gosteli Hauser, responsable du département économie et droits humains à la section suisse d’Amnesty International. Et elles ont des conséquences terribles pour les 31 millions d’habitants de la région. « L’eau qu’ils utilisent pour se laver ou cuisiner est polluée, le poisson se fait rare et il est contaminé. Des terres agricoles sont impropres à la culture. Et l’air est pollué par les torchères, soit le brûlage du gaz naturel sortant des puits de pétrole » ajoute-t-elle. L’espérance de vie des populations locales est ainsi tombée à 40?ans à peine.

Pour Amnesty International, les habitants du delta du Niger ne profitent pas du tout de la manne rapportée par l’exploitation pétrolière. Au contraire, ils doivent en subir les pires méfaits. « Alors qu’ils vivent dans ce qui est à l’origine un des écosystèmes les plus riches de la planète, les habitants du delta du Niger subissent les conséquences d’une des pires contaminations du monde, s’indigne la responsable d’Amnesty. Et ils n’ont jamais rien perçu des 600 milliards de dollars qu’a déjà rapportés l’exploitation du pétrole.» L’or noir puisé dans le delta du Niger représente en effet 95% des recettes d’exportation et 80% du revenu du pays. Le Nigeria, huitième pays exportateur de pétrole brut, fournit 40% du total des importations de brut des Etats-Unis.

Shell se dédouane

Pour la principale firme pétrolière de la région, Shell, les fuites sont essentiellement dues aux actes de sabotages des pipelines qui seraient à l’origine de près de 80% des pertes. Dimanche, le groupe pétrolier anglo-néerlandais a déploré une augmentation récente d’actes de vandalisme contre ses oléoducs dans le sud du Nigeria. Ils sont en effet les cibles d’attaques répétées menées par des groupes armés qui disent se battre pour une distribution plus juste des revenus du pétrole.

Cependant, les organisations de défense de l’environnement et des droits des populations ne partagent pas cette explication. Selon elles, la firme a sa part de responsabilité dans la pollution du delta. Danièle Gosteli Hauser, explique : « Il y a des sabotages et des vols, mais les proportions dont parlent les compagnies ne sont pas crédibles. C’est surtout le manque de maintenance des installations qui provoque des fuites. Shell a tout intérêt à présenter ces fuites comme étant le résultat de sabotages, afin de se déresponsabiliser et ne pas avoir à payer le nettoyage ou des indemnisations.»

En attendant, aucune opération de nettoyage efficace n’est menée.

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