Nigeria : Goodluck Jonathan face aux urnes

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Les Nigérians passent une épreuve majeure ce samedi. Ils élisent leur prochain président, une semaine après la tenue des élections législatives. L’élection de samedi s’annonce disputée, bien que le président sortant, Goodluck Jonathan, soit porté favori. On compte une trentaine de morts depuis le début de la période électorale samedi dernier.

Jour décisif au Nigeria. Les habitants du pays le plus peuplé d’Afrique choisissent leur futur chef d’Etat, une semaine après les législatives, dans un climat tendu. La commission électorale a annoncé jeudi qu’au moins 35 personnes ont été tuées depuis le 9 avril dans le nord du pays. Les islamistes de la secte Boko Haram y commettent régulièrement des attentats contre la police et des hommes politiques. Le porte-parole de la commission électorale, Kayode Idowu, a nénanmoins estimé au lendemain de l’élection législative que «de manière générale, les élections se sont déroulées dans le calme». «Il y a eu des poches de violence mais cela n’a pas eu d’impact négatif sur le déroulement général de l’élection», a-t-il assuré. La période électorale avait pourtant mal commencé. Les élections législatives ont été reportées à deux reprises et les autorités nationales avaient décrété le 1er avril, la veille de la date initiale du scrutin législatif, la fermeture des frontières et la limitation des déplacements dans le pays pour des raisons sécuritaires.

Le président sortant, grand favori

Goodluck.jpgLes partis d’opposition ont effectué une percée durant ces élections face au parti présidentiel, le Parti démocratique populaire (PDP). Le président en exercice, Goodluck Jonathan conserve néanmoins le statut de grand favori de ce scrutin. En lice pour la présidentielle de samedi, le vice-président, qui a remplacé Umaru Yar’Ardua décédé dans ses fonctions, en 2010, est pour la première fois candidat éligible à son propre poste de chef d’Etat. Arrivé au pouvoir par un concours de circonstances, il devra faire face à la vérité des urnes. Les sondages le créditent à 60% des suffrages exprimés. Son parti, le Parti démocratique populaire (PDP), domine la scène politique depuis l’avènement à la démocratie du pays en 1999. Ses deux principaux opposants ont échoué à s’allier pour contrer sa candidature.

Echec d’une opposition unie

Les deux principaux partis d’opposition, le Congrès pour le changement progressif (CPC) de Muhammadu Buhari et l’Action Congress du Nigeria (ACN) de Nuhu Ribadu ne sont pas parvenus à nouer une alliance afin de contrebalancer la candidature de Goodluck Jonathan. La source a déclaré à l’agence de presse qu’il pensait « pouvoir affirmer sans (se) tromper que les négociations ont irrémédiablement échoué et que chaque parti va aller à l’élection sur la base de sa propre plate-forme ». Les négociations entre les deux partis portaient sur la possibilité de présenter une candidature unique. Muhamadu Buhari était pressenti à ce poste. Le secrétaire général de l’Action Congress du Nigeria (ACN), Bisi Akande, a affirmé que cette décision de ne pas présenter un seul candidat était « dans l’intérêt de (leurs) partis respectifs, de la démocratie et de (leur) pays ».

Un homme de discipline

buhari_2.jpgAncien général de 69ans, originaire de l’Etat de Katsina (Nord), Muhamadu Buhari est le grand rival de l’actuel président de la République. Il se présente à l’élection présidentielle pour la troisième fois, après celles de 2003 et 2007. Le militaire a été président de la République pétrolière d’Afrique de 1984 à 1985, entre deux coups d’Etat. Durant ce mandat, il a mené « une guerre contre l’indiscipline » et tenté de lutter contre la corruption. Son régime militaire a été qualifié « d’Etat policier ». Ce musulman issu de l’ethnie Fulani est largement soutenu au Nord du pays. Le mandat de Goodluck Jonathan et son éventuelle élection sont perçus pour nombre de Nigérians comme une entorse à la règle non écrite de l’alternance entre le Nord et le Sud sur le fauteuil présidentiel.

« Monsieur propre »

ribadu.jpgLe candidat de l’Action Congress du Nigeria (ACN), Nuhu Ribadu, est un autre challenger de poids face au président sortant. L’ex-policier de 50 ans, qui a dirigé l’agence anti corruption du Nigeria, est surnommé « monsieur propre » pour le travail effectué dans le cadre de la lutte contre la corruption. Soupçonné de fraudes fiscales et financières, l’ancien gouverneur de Lagos, capitale du Nigeria, s’est exilé du pays et n’est revenu qu’après la mort d’Umaru Yar’Ardua.

Le conservateur

shekarau.jpgLe troisième candidat susceptible de faire de l’ombre à Goodluck Jonathan est Ibrahim Shekarau. Le gouverneur de l’Etat de Kano (Nord) est un ancien professeur de mathématique. D’après la biographie établie par BBC Afrique , le chef du parti de tous les peuples du Nigeria (ANNP) a été au centre d’une polémique en 2003 après qu’il a suspendu un traitement préventif contre la poliomyélite. La maladie a par la suite fait sa réapparition dans le pays. Il a également été critiqué pour avoir créé la Garde Hisbah, une police religieuse particulièrement redoutée à Kano, chargée de faire respecter la Charia. Il est accusé accusé de harcèlements et intimidations auprès de cinéaste et d’artistes travaillant dans « Kannywood », une industrie cinématographique anciennement prospère.

Le bon déroulement du scrutin de samedi dernier est de bon augure pour ceux de samedi prochain et du 26 avril, date à laquelle les Nigérians éliront leurs gouverneurs des Etats.