Nigeria : 40 hommes politiques « corrompus » interdits de présidentielles

Quarante hommes politiques nigérians accusés de corruption se sont vus interdire la participation aux élections présidentielles d’avril prochain. Parmi eux, Atiku Abubakar, candidat du principal parti d’opposition. Mardi, il a rejeté la décision et accusé le parti au pouvoir de vouloir faire main basse sur le scrutin.

Avec Panapress

Le gouvernement fédéral nigérian a officiellement interdit de participation aux élections présidentielles d’avril prochain plus de 40 hommes politiques accusés de corruption. Leurs noms figurent sur une liste récemment publiée de 135 personnes ayant fait l’objet « d’enquêtes et d’accusations » de la part de la Commission des crimes économiques et financiers (EFCC). Le Parti démocratique des peuples du Nigeria (PDP), au pouvoir, a retiré la course aux présidentielles 52 de ses membres mis en cause. Ce que les deux principaux partis de l’opposition, le All Nigeria People’s Party (ANPP) et l’Action Congress, alliés dans le scrutin, ont refusé de faire. Ils accusent la commission de chercher à leur nuire.

Frank Nweke, le ministre de l’Information et de la Communication, a déclaré mardi à Abuja que la décision d’interdire à ces candidats de se présenter a été prise au cours d’une réunion spéciale du gouvernement dans la capitale nigériane, le même jour. La réunion a été convoquée après que le gouvernement a publié un Livre Blanc sur le rapport d’un comité qui a lui-même examiné les accusations portées contre les 135 hommes politiques.

Certains corrompus autorisés à se présenter

Les partis d’opposition ont demandé à leurs candidats d’ignorer ce comité, mais 78 d’entre eux ont comparu devant lui, selon M. Nweke. Certains ont reçu l’autorisation de se présenter mais pas d’autres, en raison de l’ampleur de leurs délits. Le ministre de l’Information et de la Communication a averti que ceux qui ne se présenteraient pas devant le comité seraient considérés comme coupables.

Il a ajouté que cette action du gouvernement fédéral est conforme à la Constitution du pays, qui stipule que quiconque est inculpé pour un délit ne doit pas être autorisé à occuper des fonctions publiques. « C’est la première fois que ce genre de chose arrive dans l’histoire de ce pays. Nous ne resterons pas sans réagir face à des individus corrompus qui cherchent à prendre la direction de cette nation. Peu importe qu’ils aient comparu devant la commission ou non, selon la Constitution », a-t-il souligné.

Atiku Abubakar rejette l’interdiction

Le vice-président Atiku Abubakar, candidat de l’un des principaux parti de l’opposition, l’Action Congress (AC), figure sur cette liste et a été considéré comme ne devant pas se présenter. Il a été suspendu du PDP en septembre dernier, après qu’une enquête l’accusant de corruption, notamment dans la gestion d’un fonds pétrolier public, ait été ouverte. Il avait soutenu une campagne contre la modification de la Constitution permettant au président de briguer un troisième mandat.

Mardi, en campagne à Akure, dans l’Etat de Ondo, il a assuré ses militants que personne ne pourrait lui interdire d’être candidat aux présidentielles : « Seuls vous, Nigerians, pouvez me l’interdire », a-t-il déclaré. Il a ensuite accusé le parti au pouvoir de vouloir « voler [leurs] voix » et le président sortant, Olusegun Obasanjo, d’avoir pillé les pétrodollars de la Nation.

« Il n’y a pas une liste de la corruption, mais une liste d’hommes politiques considérés par le PDP comme étant capables de contrecarrer son envie de se maintenir au pouvoir », a déclaré le porte-parole de l’AC, Lai Mohammed, à la PANA. Il a ajouté que cette action du gouvernement pourrait compromettre l’organisation des prochaines élections et même écourter le processus de démocratisation du Nigeria. Les élections du mois d’avril pourraient marquer la première transition d’un pouvoir civil à un autre au Nigeria depuis que ce pays a accédé à l’indépendance il y a 46 ans.