Niger : la crise alimentaire est-elle terminée ?

Quel est le bilan humain de la crise alimentaire qui a frappé le Niger ? Le système d’alerte a-t-il fonctionné ? La crise est-elle passée ? FAO, PAM, ONG, représentants du Niger et des pays sahéliens se sont retrouvés les 12 et 13 décembre derniers, à Paris, pour faire le point sur la situation alimentaire dans le Sahel, et plus particulièrement au Niger. Une rencontre qui tombe à point nommé après les récentes déclarations incendiaires du gouvernement nigérien contre le PAM.

Où en est le Niger avec la crise alimentaire ? Malgré des chiffres en baisse, les centres de renutrition de Médecins sans frontières (MSF) ont encore accueillis 1 269 enfants de moins de 5 ans sévèrement malnutris dans la deuxième semaine de novembre. Pourtant, dès le début du mois d’octobre, Mohamed Ben Omar, le porte-parole du gouvernement nigérien, affirmait depuis Paris que l’« on ne parle plus de crise alimentaire dans son pays depuis la fin du mois de septembre. » Fin novembre, le ministre de la Santé, Ari Ibrahim, a surenchéri en invitant les ONG encore présentes dans son pays « à rentrer chez elles, comme le Maroc l’a fait en septembre, avec les honneurs ». A cette occasion, le gouvernement a violemment critiqué le Programme alimentaire mondial (PAM), l’accusant d’avoir surévalué les besoins financiers pour résorber la crise et lui demandant de justifier la mobilisation de 20 millions de dollars.

C’est dans ce contexte confus que l’organisation onusienne, sa cousine de l’Organisation pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), le Comité permanent inter Etats de lutte contre la sécheresse dans le Sahel (CILSS), des ONG – MSF n’était pas présent – et des représentants des pays sahéliens se sont réunis à Paris, les 12 et 13 décembre derniers, pour faire le point sur la crise et préparer l’avenir.

« Une récolte excédentaire »

Pour le PAM, il s’agit d’abord de calmer les esprits. En ce qui concerne les attaques du ministre de la Santé, « il s’agissait d’un malentendu », explique Sylvie Van Nieuwenhuyse, la directrice adjointe pour le bureau d’Afrique de l’Ouest. « Les 20 millions de dollars pour lesquels un appel a été lancé incluaient 13 millions que le PAM avait pris sur son propre ‘compte de réponse immédiate’ et qu’il fallait rembourser. Les comptes du PAM sont ouverts et réactualisés de façon bi-hebdomadaires », ajoute-t-elle. Avant d’indiquer que l’organisme « a reçu des excuses officielles » et qu’il « travaille très bien avec le gouvernement nigérien ».

Sur la crise alimentaire proprement dite : « lorsque le Premier ministre est intervenu en septembre, il était effectivement important d’en finir avec les distributions gratuites », estime-t-elle. « La malnutrition est sous-jacente et structurelle au Niger et la crise existe. Elle n’a pas vraiment de caractère d’urgence, mais elle exige des mesures immédiates ». Une recommandation que la représentante du PAM veut voir inscrite noire sur blanc.

Car le Cilss a donné ses chiffres et annonce une année 2006 excédentaire en céréales dans le Sahel et au Niger. Son secrétaire exécutif, Moussa Saihou Mbenga, répète que l’analyse de l’institution, qui avait prévu des déficits céréaliers dans les régions de Maradi, Zinder et Tahoua (Niger) dès la fin de l’année 2004, a été « correcte ». Mais que la réponse aux difficultés prévues n’a pas été appropriée. « Peut-être à cause de ce qui s’est passé en Asie ? Parce que les pays donateurs commencent à se fatiguer des pays du Sahel ? Ou parce que nous n’avons pas su communiquer ? », s’interroge Ari Malla, le directeur de cabinet du Premier ministre nigérien.

Des céréales disponibles… pas forcément accessibles

L’analyse du Cilss a été « correcte mais partielle », tempère Henri Josserand, chef du Système mondial d’information et d’alerte rapide (Smiar) de la FAO. Dans ses statistiques, l’organisme sahélien compare la disponibilité céréalière (production nationale + importations) aux besoins en consommation pour déterminer s’il y aura excédent ou déficit. C’est ainsi que les conclusions des discussions lues à voix hautes, avant adoption, évoquent un « bilan global excédentaire » et « une abondance céréalière ». Des expressions qui font tousser le représentant de la France et du président des partenaires du comité du Cilss, Jean Pierre François, qui demande à ce qu’elles soient retirées ou, pour le moins, modifiées.

Le problème est que « le système de calcul du Cilss s’appuie sur un modèle agricole désuet où le paysan travaille pour sa consommation. Il ne prend pas en compte le marché de l’offre et de la demande, qui domine aujourd’hui », regrette Caroline Bah, de l’ONG Afrique Verte. Et les acteurs sociaux s’inquiètent pour les paysans qui ont effectivement fait une récolte en cette fin d’année, mais qui vont devoir en écouler une partie pour rembourser les emprunts contractés au début de la crise, se retrouvant rapidement en situation de fragilité alimentaire. C’est pourquoi Ari Malla, le PAM ou les ONG présentent sont d’accord sur un point : « il faut convaincre les décideurs de la nécessité d’investir dans des programmes à long terme. »

« Pendant la crise alimentaire, il n’y a eu aucun décès »

« A l’avenir, demande le directeur de cabinet, il faudra faire la différence entre la crise alimentaire, qui frappe toute la population sans distinction, et la crise nutritionnelle, qui concerne les enfants de moins de cinq ans ». Aussi, « il faut être clair. Pendant la crise alimentaire, il n’y a eu aucun décès », affirme-t-il sans provoquer de réaction dans l’assemblée, visiblement embarrassée par la question du bilan humain. Le taux de mortalité infantile, structurellement élevé au Niger, comme le taux de malnutrition, aurait même baissé grâce à la prise en charge des enfants dans les centres de renutrition, plus nombreux que les années précédentes, selon le directeur de cabinet, qui s’appuie sur des analyses de l’Unicef. Une hypothèse que Sylvie Van Nieuwenhuyse confirme. Johanne Sekkenes avoue ne pas disposer de chiffres et prendre l’information « comme un résultat encourageant des activités » de MSF, même si elle s’interroge, estimant que les actions en direction des enfants souffrant de malnutrition aigue ont tardé.

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