Nicole Gillet : « Un excellent cru africain pour le 27e FIFF»

Plus de 160 longs et courts métrages ont été sélectionnés pour la 27e édition du Festival international du film francophone de Namur qui s’achève le 5 octobre prochain. Une quinzaine sont des productions originaires du continent africain. Nicole Gillet, la déléguée générale du festival, revient sur « cette belle production africaine » présentée au FIFF et parle du cinéma en francophonie.

Le Festival international du film francophone de Namur (FIFF) est depuis sa création en 1986 une véritable vitrine pour les cinématographies des pays francophones. Programmatrice du festival, Nicole Gillet en est devenue en 2009 la nouvelle déléguée générale. Responsable de la ligne éditoriale du festival, elle sélectionne les longs métrages et, bien qu’elle soit attentive à la sélection des courts métrages, c’est à Hervé Le Phuez que revient cette charge. En tant que déléguée générale, Nicole Gillet promeut le festival auprès des acteurs privés et publics.

Afrik.com : Vous expliquez que les films présentés au Festival international du film francophone de Namur (FIFF) étaient auparavant exclusivement en langue française. Ce n’est plus le cas aujourd’hui. Le FIFF est ainsi devenu le festival du cinéma du monde francophone ?

Nicole Gillet :
C’est le festival du monde francophone. Autrefois, par exemple, les films sénégalais étaient en français. Puis, les choses ont évolué parce qu’il y a eu plus de productions, mais surtout à la demande des réalisateurs. Ils souhaitent tourner avec des comédiens locaux, dans leurs langues, dans la langue de la rue, afin que les films soient vus chez eux. Par ailleurs, les télévisions locales se sont développées. C’est normal que les films soient à destination du public local et qu’ils soient disponibles dans la langue usuelle. Nous avons vu une évolution de ce cinéma en francophonie. Les films tunisiens et marocains étaient à l’époque en français. Aujourd’hui, ils sont en arabes. D’autant que les deux langues se mélangent. C’est vraiment un festival du monde francophone et pas un festival du film en langue française.

Afrik.com : Vous avez été programmatrice du FIFF pendant des années et vous êtes déléguée générale depuis 2009. Cinq films africains sont en compétition. Que pensez-vous de l’évolution de la participation des films originaires du continent ?

Nicole Gillet :
C’est une année exceptionnelle parce nous avions beaucoup de difficultés à trouver suffisamment de films du Sud ces dernières années. En Afrique sub-saharienne, on en trouvait difficilement. Cette année, nous avons deux magnifiques films sénégalais en compétition : Aujourd’hui d’Alain Gomis et La Pirogue de Moussa Touré. C’est vraiment une année exceptionnelle et nous en sommes ravis parce que la production du Sud était en baisse. Nous avons également beaucoup de films algériens, dont Yema de Djamila Sahraoui en compétition officielle. Le Panaf (Festival panafricain de la culture), qui a été organisé à Alger en 2009, a permis de remettre en circulation et de financer beaucoup de films. Nous nous trouvons donc dans cette conjoncture favorable. En compétition également, un long métrage marocain, Les Chevaux de Dieu de Nabil Ayouch, et un documentaire tunisien, C’était mieux demain de Hinde Boujemaa. C’est un excellent crû africain.

Afrik.com : Alain Gomis et Moussa Touré sont des habitués du FIFF où plusieurs de leurs œuvres ont été distinguées. Ce sont aujourd’hui des cinéastes reconnus sur la scène internationale. Au fil des ans, le FIFF a-t-il permis de mettre en lumière des talents africains ?

Nicole Gillet :
Je le pense, même si le film d’Alain était à Berlin et celui de Moussa à Cannes. Nous sommes une pierre qu’on peut ajouter à l’édifice. Nous avons présenté tous les films d’Alain Gomis, tous ceux de Moussa Touré. Ce n’est pas parce qu’on se doit de le faire. Nous avons aimé le premier film d’Alain qui a été primé, le deuxième l’a été également et le troisième est aussi un film magnifique. Il est vrai, dans le cadre d’un festival, qu’on aime avoir des fidélités, mais en même temps nous ne nous nous obligeons à rien. Quand un film est primé à Namur, cela est mentionné dans sa campagne de promotion. Cela veut dire qu’on a clairement un impact. Par ailleurs, nous avons permis à des productions du Sud d’être distribuées en Belgique. Le FIFF est un soutien aussi bien au niveau national qu’international. Aujourd’hui, il y a une circulation tellement intense des films en salles que les festivals représentent une étape essentielle dans le cycle de vie d’une œuvre cinématographique film. Cela vaut pour les films africains mais aussi pour des productions suisses ou françaises qui n’ont pas accès aux salles comme elles l’espéraient. La présentation de ces œuvres dans le cadre de festivals constitue une réelle opportunité pour elles.

Afrik.com : D’autant que le FIFF se veut un festival tourné vers le public…

Nicole Gillet :
Nous présentons des films d’auteurs. Nous avons dans notre programmation quelques films pointus, car il faut soutenir la recherche cinématographique comme on soutient la recherche scientifique. Cependant, nous sommes animés par la volonté de présenter des œuvres susceptibles d’intéresser le public.

Afrik.com : Le public belge montre-t-il un intérêt pour les œuvres originaires du continent ?

Nicole Gillet :
Depuis que nous avons mis en place le pass – il coûte 8 euros pour une journée et 25 euros pour la semaine -, il y a une attirance pour les cinématographies peu diffusées. Nous ne vendons pas de ticket à la séance justement pour favoriser la découverte des films. Nous savons que certains viennent au festival et décident de ne regarder que des films africains, par exemple, d’autres que des productions québecoises.

Afrik.com : Il y a beaucoup de coproductions, notamment belgo-marocaines. Comment l’expliquez-vous ?

Nicole Gillet :
Le film de Nabil Ayouch est coproduit par la Belgique. Le Sac de farine a été réalisé par Kadija Leclere, cinéaste belgo-marocaine qui vit et travaille ici. Il y a des accords entre les deux pays. C’est aussi exceptionnel d’avoir, cette année, deux films marocains mis en exergue et qui se trouvent être des coproductions entre le Maroc et la Belgique. Notez que le film de Faouzi Bensaïdi, Mort à vendre (il représentera le Maroc aux Oscars en 2013, ndlr), est également coproduit par la Belgique. Il est absent de la sélection du FIFF parce que la date de sa sortie en salles a été reculée et, par ailleurs, le film a été déjà présenté en juin lors d’un festival à Bruxelles. Il ne pouvait donc plus être en compétition au Festival de Namur qui est reconnu par la Fédération internationale des associations des producteurs de films (FIAPF). A ce titre, nous nous devons de respecter certaines règles. L’une d’elles est qu’un film en compétition officielle au FIFF doit être une première belge. A Berlin, Cannes, Venise ou Londres, quand un film est en compétition, cela doit être une première mondiale. Nous, vu la thématique, cela doit être la première nationale.

Afrik.com : Comment le cinéma belge se porte-il ?

Nicole Gillet :
Il se porte bien et comme nous sommes en Belgique, on lui fait clairement la part belle. Il faut être un peu chauvin (sourire). Nous avons envie de faire découvrir notre cinéma à la Francophonie. Nous avons une programmation belge très diversifiée et pas moins de huit films inédits. Nous proposons également un focus sur le cinéma belge : les films, qui sont sortis en salles depuis la précédente édition du FIFF, sont projetés ici.

Afrik.com : Le cinéma flamand est également mis à l’honneur…

Nicole Gillet :
A partir du moment où la Francophonie évolue et que ce n’est plus seulement du cinéma en langue française, nous avons trouvé judicieux d’ouvrir une fenêtre sur le cinéma flamand. Nous le faisons depuis six ans et nous collaborons avec le Festival d’Ostende. Nous y avons présenté des films belges francophones et nous projetons à Namur des productions flamandes, notamment leur film d’ouverture, Little Black Spiders de Patrice Toye. Nous avons eu une journée francophone à Ostende le 10 septembre dernier et nous aurons une journée flamande à Namur ce jeudi.

Afrik.com : Vous avez vu tous les films sélectionnés. Y a-t-il une thématique qui se dégage ?

Nicole Gillet :
Ces dernières années, nous avions des thématiques très précises qui ressortaient de la programmation tels la guerre ou encore les difficiles relations parents-enfants. Cette année, nous n’avons pas de fil rouge. Mais au sein de la compétition officielle, beaucoup de films traitent de la famille. Dans les autres éditions, cette thématique ne se retrouvait pas que dans la compétition officielle, mais dans toute la sélection. Cette année, on constate aussi que les films du Sud traitent de sujets politiques.

Afrik.com : L’une des ambitions des fondateurs du FIFF, c’était de résister au cinéma anglophone. Vous y êtes parvenus ?

Nicole Gillet :
Nous sommes une belle fenêtre, le fait que le nombre de spectateurs croît tous les ans en est une preuve. L’année dernière, ils étaient plus de 30 000. La participation au « FIFF Campus », destiné aux jeunes pour qui des séances et des ateliers pédagogiques sont organisés, est aussi en hausse. Plus de 8 000 participants l’année dernière. Ces chiffres démontrent qu’il y a adhésion aux valeurs de ce cinéma francophone que nous défendons.

Afrik.com : Quelle est la particularité des films de ce monde francophone ? Ont-ils des traits communs ou sont-il très différents d’un pays à l’autre ?

Nicole Gillet :
On y trouve des films de genre, il y a une grande diversité et une grande richesse. On y a aborde beaucoup de questions liées aux droits de l’Homme. Nous avons des films qui ont très souvent un fond qui va au-delà, pourrais-je dire, du simple divertissement. Bien évidement, nous avons aussi des films de divertissement très intéressants.

Afrik.com : Vous pensez déjà à la 28e édition ?

Nicole Gillet :
Pas encore ! En même temps, on en a toujours une vision. Cette année, nous avons dû changer nos salles de projection parce que l’un des complexes est en rénovation. Nous sommes très attentifs à la qualité des équipements et au bon déroulement des projections parce que c’est le même dispositif qui sera mis en place l’année prochaine. Si, on y pense ! Peut-être pas en terme de programmation. Quoique, j’ai rencontré un producteur qui a en projet un film du Sud et qui m’a indiqué à quelle période il commencerait à tourner. Je lui ai répondu : « Peut-être pour Namur alors ! ».