Nicolas Sarkozy est-il raciste ?

Doudou Diène, rapporteur spécial de l’ONU sur les discriminations raciales, accuse dans son rapport annuel le président français de s’être inscrit dans « une dynamique de légitimation du racisme » avec son discours de Dakar et l’adoption des tests ADN. Dans un entretien accordé à Afrik.com, il revient sur son étude sur les formes contemporaines de discriminations et la place du racisme en France.

Doudou Diène, dans son rapport présenté à Washington le 9 novembre lors de l’assemblée générale des Nations unies, a pointé du doigt le discours tenu par Nicolas Sarkozy à Dakar le 26 juillet. Le Sénégalais accuse le président français d’avoir légitimé intellectuellement le racisme. Hasard ou coïncidence ? le chef de l’Etat français était à la Maison Blanche cette même semaine pour un voyage express de 24 heures. Pour Afrik.com, le rapporteur spécial de l’ONU fait le point sur l’attitude de Nicolas Sarkozy et la situation du racisme en France.

Afrik : Quel est précisément votre rôle au sein de l’ONU ?

Doudou Diène :
Je suis rapporteur spécial de l’ONU sur les formes contemporaines de racisme, de discrimination raciale, de xénophobie et de l’intolérance. Mon travail consiste à produire chaque année une étude sur le racisme dans le monde.

Afrik : Lors de l’assemblée générale des Nations unies, vous avez accusé le président français, Nicolas Sarkozy, d’être dans une « dynamique de légitimation du racisme ». Pouvez-vous nous expliquer pourquoi ?

Doudou Diène :
En effet, il s’agit d’instrumentaliser et de légitimer intellectuellement le racisme. Je n’ai pas seulement accusé Nicolas Sarkozy. J’ai critiqué aussi les récentes déclarations du prix Nobel de médecine James Watson, qui a voulu démontrer que les Africains étaient inférieurs intellectuellement. Concernant le président français, je fais référence à son discours à l’université Cheikh Anta Diop de Dakar au Sénégal, le 26 juillet. Dans ces deux cas, il est question de légitimer scientifiquement des stéréotypes historiques de construction du racisme. A noter aussi, le projet de loi français sur les tests ADN dans la procédure du regroupement familial des étrangers qui stigmatisent un peu plus l’immigré qui n’existe qu’au travers d’une politique sécuritaire.

Afrik : Comment a réagi le représentant de la France qui a assisté à cette assemblée ?

Doudou Diène :
Il a jugé que mes accusations étaient infondées et irresponsables. Concernant le projet de loi sur les tests ADN, il a expliqué qu’ils n’étaient pas obligatoires pour les immigrés mais proposés sur une base volontaire. Il a ensuite affirmé la volonté de Nicolas Sarkozy de lutter contre le racisme. Je n’ai pas pensé que le président français était raciste, pour preuve il a dans son gouvernement Rama Yade, la secrétaire d’Etat aux Affaires étrangères et aux droits de l’Homme. Je crois juste que le discours de Dakar a blessé. Dire devant l’élite intellectuelle africaine qu’elle n’est pas entrée dans l’histoire s’inspire des écrits racistes du XVII, XVIII et XIXème siècles.

Afrik : Le discours de Dakar reflète-t-il l’image d’une France qui a du mal à assumer son passé ?

Doudou Diène :
Oui, la France a un véritable problème avec son passé. Ce pays n’a pas assumé la guerre d’Algérie, tout se passe comme si la décolonisation ne s’était pas produite. De plus, il y a un refus de repentance et une absence de travail de mémoire. La France a peur de la pluralité, elle est en pleine crise identitaire. Sa seule réponse à la diversité est la dépréciation.

Afrik : Que pensez-vous des propos tenus mardi dernier, à Washington, lors du Business Council par Nicolas Sarkozy envers Condoleezza Rice la considérant comme « une Américaine venue d’ailleurs » ?

Doudou Diène :
Selon moi, tous les Américains viennent d’ailleurs, y compris le président des Etats-Unis George W. Bush. Il n’est pas inutile de le rappeler. L’Amérique est en avance du point de vue de la diversité culturelle. En Occident, on assiste à l’émergence d’un courant idéologique qui s’enferme sur son identité nationale rejetant toutes formes de diversités.