Nicolas Sarkozy en Tunisie

Le président français Nicolas Sarkozy entame ce lundi après-midi une visite d’Etat de trois jours en Tunisie, à l’invitation de son homologue Zine El Abidine Ben Ali. Ce voyage, le deuxième qu’effectue à Tunis le locataire de l’Elysée depuis son élection, est la troisième étape d’une tournée maghrébine qui l’avait conduit ces derniers mois en Algérie et au Maroc.

Outre sa nouvelle épouse Carla, qui fera à l’occasion son troisième déplacement en tant que Première dame de France après l’Afrique du Sud et le Royaume-Uni, le président français est accompagné, en Tunisie, de sept ministres et secrétaires d’Etat, ainsi que de nombreuses autres personnalités politiques.

L’objectif principal de cette visite est de conforter les relations franco-tunisiennes déjà qualifiées de part et d’autre de « privilégiées » et « excellentes ». « Denses et diversifiés », les échanges commerciaux entre les deux pays ont atteint un record de 7 milliards d’euros en 2007. Pour la Tunisie, « le plus petit pays » du Maghreb de 10 millions d’habitants, ce chiffre dépasse le volume des échanges entre la France et le Maroc (6,2 milliards d’euros) et se situe juste derrière l’Algérie (7,4 milliards d’euros), deux pays qui comptent plus de 30 millions d’âmes chacun.

La France vient en tête des partenaires économiques de la Tunisie dont elle est le premier fournisseur et le premier client. C’est aussi le premier investisseur avec 92 millions d’euros d’Investissement direct étranger (IDE) en 2007 et le premier bailleur de fonds avec une moyenne annuelle de 150 millions d’euros injectés en Tunisie. Quelque 1.200 entreprises françaises ou à participation française opèrent en Tunisie (deux fois plus qu’au Maroc) qui ont créé pas moins de 6% des nouveaux postes d’emploi en 2007.

La France est, en outre, le plus gros fournisseur de touristes européens de la Tunisie. Plus de 1,3 million de visiteurs de l’Hexagone se sont rendus en 2007 dans « le pays du jasmin » attirés par sa proximité (environ à deux heures d’avion), son climat, sa stabilité et une infrastructure hôtelière au point.

Renforcer les relations économiques

Les deux parties affichent néanmoins une volonté d’atteindre des paliers supérieurs. C’est ainsi qu’environ 1.200 chefs d’entreprise prendront part à un forum économique organisé par les centrales patronales des deux pays pour scruter de nouveaux horizons de partenariat.

Cette volonté sera concrétisée par la signature au premier jour de la visite de plusieurs accords dont un contrat de vente d’Airbus à la compagnie Tunisair et un autre portant sur la fourniture par la société française Alstom d’une centrale thermique qui sera implantée dans le Sud tunisien.

Parmi les documents qui seront signés, figure par ailleurs un accord- cadre sur le nucléaire civil semblable à ceux conclus avec la Libye, le Maroc et l’Algérie. Il porte sur la formation d’ingénieurs en prévision de la construction d’une centrale nucléaire prévue en 2020.

Mieux gérer les migrations

Sur un autre plan, un accord sur la « gestion concertée des migrations » doit être paraphé à l’occasion de la visite de M. Sarkozy à Tunis. Ce sera le premier du genre à être conclu avec un pays du Maghreb et le cinquième avec un pays africain, après ceux signés depuis 2006 avec le Sénégal, le Bénin, le Gabon et le Congo- Brazzaville. Près de 60.000 Tunisiens sont installés en France et transfèrent quelque 600 millions d’euros par an, soit 3% du PIB de leur pays.

Au niveau politique, l’un des axes majeurs des entretiens Ben Ali- Sarkozy portera sur le projet d’Union pour la Méditerranée (UPM). Initié par le locataire de l’Elysée et soutenu dès son annonce par le président tunisien, ce projet doit être lancé officiellement lors d’un sommet prévu le 13 juillet prochain à Paris. Des informations non-vérifiées évoquent Tunis comme siège du secrétariat de la future UPM.

La présence de la secrétaire d’Etat aux droits de l’Homme, Rama Yade, dans la délégation française, donne à penser que la question afférente à ce dossier sera au menu du voyage de Sarkozy. En effet, à la veille de son départ pour Tunis, le président français a été interpellé par plusieurs ONG pour user de « son influence » auprès du président tunisien pour faire cesser « les atteintes aux droits de l’Homme et aux libertés » que reprochent ces organisations au régime tunisien.