
Ils sont banquiers, ingénieurs, cadres commerciaux ou entrepreneurs et ont choisi Dakar, Nouakchott ou d’autres capitales ouest-africaines pour développer leur activité. Cette communauté algérienne accompagne le retour économique de l’Algérie sur le continent.
Lorsqu’on évoque la diaspora algérienne, les regards se tournent presque automatiquement vers la France, le Canada ou l’Espagne et l’Afrique subsaharienne demeure largement absente de cette géographie mentale. Pourtant, une autre mobilité se dessine, moins massive mais stratégique, celle d’Algériens qui choisissent de travailler, d’entreprendre ou de s’installer au sud du Sahara.
Faute de statistiques consulaires consolidées, leur nombre reste difficile à établir. Cette présence ne constitue pas encore une diaspora comparable aux grandes communautés algériennes d’Europe. Elle rassemble surtout des cadres de banques et d’entreprises, des ingénieurs, des commerçants et des représentants commerciaux. Son influence est toutefois être supérieure à son poids démographique.
Dakar, première tête de pont
Le symbole le plus visible de cette évolution réside dans l’ouverture simultanée de deux filiales à l’étranger en septembre 2023 : l’Algerian Bank of Senegal (ABS) à Dakar, dotée d’un capital de 100 millions de dollars, et l’Algerian Union Bank (AUB) à Nouakchott (50 millions de dollars).
Elles ont été conçues comme un outil pour accompagner les entreprises algériennes vers l’ensemble de l’Afrique de l’Ouest. Leur installation a entraîné l’arrivée de cadres, de spécialistes du financement, d’experts juridiques et de responsables commerciaux appelés à travailler avec des partenaires locaux. En quelques jours, l’Algérie s’était ainsi dotée de deux relais bancaires entre le Maghreb, le Sahel et l’espace ouest-africain, une assise concrète pour une coopération longtemps portée surtout par les déclarations politiques et les rencontres diplomatiques.
Des contrats aux implantations locales explique Medhi, qui a ouvert une structure à Dakar pour son activité de commerce de dattes Deglet Nour, « l’ABS a été un facilitateur grâce à ses conseils et a beaucoup aidé dans l’installation de ma structure locale ».
Pour les petites et grandes entreprises
À plus grande échelle, d’autres entreprises algériennes suivent le même chemin. En marge de la Foire commerciale intra-africaine (IATF) de septembre 2025 à Alger, le holding public sidérurgique SNS a signé huit protocoles d’accord pour un montant total de 950 millions de dollars, dont deux avec le groupe sénégalais CFTS : l’un confie à CFTS la représentation d’Anabib, filiale de SNS, sur les marchés d’Afrique de l’Ouest et l’autre, conclu avec Fondal, prévoit une coopération incluant la création d’une unité de production locale.
Exporter ponctuellement des produits ne suffit pas à conquérir durablement un marché car il faut aussi connaître les administrations locales, comprendre les habitudes de consommation et assurer un service après-vente qui inspire confiance. C’est là que les Algériens installés sur place peuvent devenir des intermédiaires entre les entreprises d’Alger, d’Oran ou de Sétif et leurs partenaires africains.
« Signer un accord depuis Alger, c’est facile. Mais sur le terrain, il faut de la confiance, de la présence physique et une fine compréhension des usages locaux. C’est là que nous intervenons », explique Yassine, ingénieur algérien basé à Dakar depuis deux ans.
Cette quatrième édition de l’IATF, organisée du 4 au 10 septembre 2025 à Alger, a donné une nouvelle visibilité à cette ambition. Elle a réuni 2 148 exposants et 112 476 visiteurs, loin au-dessus des 2 000 exposants et 35 000 visiteurs attendus, pour des contrats annoncés à plus de 48 milliards de dollars, dont environ 11,4 milliards au profit d’entreprises algériennes. Mais la réussite de ces protocoles sera dans leur suivi sur le terrain car il faut transformer les accords en projets industriels, commerciaux ou financiers.
L’appui de la desserte aérienne
La stratégie aérienne d’Air Algérie participe aussi à ce mouvement. La compagnie, qui vise près de 10 millions de passagers en 2026, cherche à faire d’Alger une plateforme reliant le nord et le sud du continent. Le 16 février 2026, elle a signé à Addis-Abeba deux accords de coopération avec l’African Business Council et l’Africa Prosperity Network, portant sur des dispositifs préférentiels pour le transport de passagers et de fret, ainsi que sur des programmes de formation et l’organisation de délégations économiques.
L’amélioration des liaisons facilite les déplacements des entrepreneurs et la circulation régulière entre l’Algérie et l’Afrique de l’Ouest, ce qui permet à une présence encore temporaire de s’installer plus durablement. Au-delà des opportunités d’affaires, ce choix de vie répond aussi à une recherche d’affinités et de perspectives d’avenir.
« Au final, on se sent mieux en Afrique de l’Ouest qu’en Occident. C’est culturellement plus proche de nous et c’est l’avenir », résume Farid, entrepreneur quadragénaire après un parcours marqué par de nombreux voyages.




