Négresse blanche

Les Siestes grenadine, film franco-tunisien, aborde des sujets qui dérangent. Le racisme de la société tunisienne envers le monde noir, la corruption, l’hypocrisie et l’affairisme. Un film qui parle des réalités qu’on a tendance à dissimuler.

Les siestes grenadines sont un moment particulier. Une sorte d’été indien à la tunisienne. Elles marquent  » le début de l’automne, lorsque la chaleur fait mûrir les coings et les grenades « . Agréable saison. Celle qu’ont choisi Wahid Haydar et sa fille Soufiya pour rentrer chez eux. Chez eux, c’est un vaste domaine à quelques kilomètres de Tunis, une superbe bâtisse au milieu de terres qui appartiennent à Wahid. Le père et sa fille rentrent au pays après plusieurs années passées en Afrique de l’Ouest.

Racisme panafricain

La jeune Soufiya vit seule avec son père depuis dix ans, depuis qu’il l’a enlevée et séparée de sa mère française dont elle n’a aucun souvenir. Pour panser ses blessures, elle s’est réfugiée dans la danse africaine, sa passion. En débarquant en Tunisie, elle est toujours très attachée à son héritage subsaharien. Elle n’a pas quitté ses boubous ni ses talismans et encore moins ses tresses. Elle aurait tort, tout cela lui va si bien. Or il semble que son père ne soit plus du tout du même avis. A présent, il veut en faire  » une enfant du pays « . Et pourquoi pas la marier au fils d’un de ses amis.

S’engage alors un face-à-face entre Wahid et sa fille. La présence d’Anissa, la maîtresse de Wahid, n’arrange rien. Elle est animatrice à la télévision, mais ce qui la définit surtout, c’est son côté bourgeois et ses idées très arrêtées sur les Noirs. Son personnage symbolise tous les préjugés qui subsistent encore au sein de la société tunisienne à l’égard de l’Afrique noire. Le racisme qui plane.  » Les négresses ont la peau plus douce que le miel « ,  » les Sénégalais ne connaissent que la sorcellerie  » et, bien entendu, quelques réflexions sur les odeurs. Soufiya, parfois lassante, se bat donc pour imposer sa différence et rétablir les vérités.

Critique sociale

Les Siestes grenadine n’est pas un film qui laisse indemne. Ni le spectateur, ni la Tunisie. Le réalisateur, Mahmoud Ben Mahmoud, la filme avec une tendresse qui ne saurait nous échapper mais aussi avec un je ne sais quoi d’amertume. Quelques maladresses cependant comme des scènes surjouées ou inutiles. Racisme certes, mais aussi manque de liberté, affairisme et corruption, constituent la toile de fond de ce film. Et de fait, lorsque Wahid revient au pays, les choses ont beaucoup changé. Lui-même finira par se rendre compte qu’il a failli entrer dans l’engrenage où presque tous ceux qui habitent ce pays sont tombés. Le manque de tolérance, l’étroitesse d’esprit, les combines et l’hypocrisie.

Mais Soufiya résiste et s’obstine. Graine de fraîcheur et de paradis. Rouge de rage, rouge grenadine. Battante et déterminée, elle va finir par remporter la bataille. Contre un monde étriqué et des idées mesquines. Elle apparaîtra radieuse en Boussaadia dans un spectacle africain. Rôle qu’elle danse à merveille et qui lui va comme un gant. Boussaadia, c’est une figure mythique soudanaise. Sa fille ayant été enlevée et vendue comme esclave à Tunis, il décide de parcourir le monde afin de la retrouver. Les Siestes grenadine sont tout simplement une quête d’identité et une bataille menée contre des préjugés.

Les siestes grenadine, film franco-tunisien de Mahmoud Ben Mahmoud. Durée : 1h30.