Ndomo, une entreprise 100% malienne pour l’emploi des jeunes

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Des jeunes sans emploi et des traditions mises au rebut. L’équation a été rendue caduque par Ndomo, une entreprise sociale conçue par Boubacar Doumbia à Ségou, au Mali. Ambition : insérer socialement et économiquement ces cadets délaissés.

Les vertus pédagogiques d’un rite initiatique peuvent-elles aider à répondre aux problèmes rencontrés par les jeunes sur le marché du travail ? Oui, selon Boubacar Doumbia. Ce Malien le prouve avec Ndomo, une initiative lancée dans sa ville d’origine, Ségou. C’est l’œuvre d’une vie, un projet qu’il a fait mûrir « pendant une vingtaine d’années ». Diplômé de l’Institut national des arts, il crée avec des camarades de classe l’association Kasabane (« la fin de la prison », en langue Soninké). Objectif : valoriser les techniques traditionnelles. Dans la même optique, une dizaine d’années plus tard, une autre idée germe dans l’esprit de Boubacar Doumbia, à savoir comment adapter le Ndomo, « une école de formation des jeunes en pays mandingue ». Car l’homme est obnubilé par la problématique de l’emploi dans cette tranche majoritaire de la population dans son pays. Le principe du Ndomo : confier l’éducation des cadets aux aînés. Les seconds, assurant gîte et couvert, initient les premiers à la vie active et aux savoirs traditionnels. En contrepartie, « le cadet travaille cinq jours pour lui-même et deux pour l’aîné ». Après une période expérimentale, le Ndomo, nouvelle formule, prend officiellement corps en 1990. « Là où le système scolaire exclut, le Ndomo inclut tout le monde », insiste Boubacar Doumbia. Le Malien vient de trouver une solution pour les diplômés sans travail, les déscolarisés ou ceux qui n’ont tout simplement pas eu la chance d’aller à l’école.

L’école qui modèle les jeunes malinké

L’initiation et sa fonction pédagogique associées à l’apprentissage de trois techniques traditionnelles de teinture naturelle leur permet de se prendre en charge. Les apprentis, parmi eux les filles récemment, apprennent pendant deux ans les techniques du bogolan, du basilan et du gala. La technique du basilan donne des pièces de tissus appelées “basilanfini”, que l’on peut traduire littéralement du malinké par « le tissu résultant de l’action de la plante qui soigne ». Les végétaux utilisés, ayant des propriétés médicinales, produisent des couleurs allant des tons terre au marron en passant par le jaune. « Ce sont des teintes qui contiennent du tanin, précise Boubacar Doumbia. Et c’est la découverte du fait que la boue d’argile laissait une trace noire sur le basilanfini qui a conduit à la naissance du bogolan ». Bogolan signifie donc « le résultat de l’argile ». Le galafini est, quant à lui, le tissu obtenu grâce à l’utilisation de l’indigotier, connu pour ses teintes bleutées, baptisé “gala” en manlinké.

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Quelque 200 jeunes ont été ainsi formés depuis le début des années 90. Sous l’impulsion de Boubacar Doumbia, ces artisans ont réussi à renouveler la technique – plus qu’un jour pour fabriquer une pièce de tissu quand il en fallait trois auparavant – et l’offre des produits textiles bogolan, basilan et gala qu’ils fabriquent. Palette de couleurs et motifs ont été ainsi élargis pour des pièces destinées à l’habillement et à la décoration. Elles se vendent aussi bien localement qu’à l’international, grâce à Internet.

L’entrepreneuriat social vu du Mali

Ceux qui ont la maîtrise de la technique peuvent partir ou rester au sein du Ndomo. Les derniers encadrent les plus jeunes et participent à la vie de la coopérative constituée aujourd’hui d’une vingtaine de personnes. Ils ont alors des obligations envers le Ndomo et réciproquement. L’entreprise, ainsi constituée, appartient à tous et fonctionne sur trois modes. D’une part, collectif, pour les commandes reçues notamment à l’international, d’autre part, individuel, ce qui permet à chaque artisan de se mettre à son compte, et enfin une contribution de chacun aux frais généraux. « La structure mère Ndomo, à Ségou, œuvre activement pour la vulgarisation de cette forme d’entreprenariat qui appartient à la tradition africaine », rappelle Boubacar Doumbia.

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A 57 ans, la satisfaction de l’enseignant est double. D’abord, parce que « cette manière de revaloriser la tradition et de la remettre au goût du jour pour répondre à des besoins locaux porte ses fruits ». « Il ne faut pas tout prendre en Occident, mais surtout apprendre à adapter ses valeurs, poursuit-il. Ensuite, « participer à la sauvegarde d’un patrimoine qui est en train de disparaître » est une grande source de fierté pour ce gardien de la culture africaine. Le Ndomo est devenu un centre d’excellence du bogolan que les agences de tourisme ont érigé en étape culturelle obligatoire à Ségou. Mais surtout, il a offert clés de l’indépendance économique et de l’insertion sociale à des centaines de jeunes : un métier. L’initiative de Boubacar Doumbia a été distinguée dans la catégorie entreprise par l’édition 2010 du concours Harubuntu des porteurs d’espoir et de créateurs de richesses africains.