N’Djamena Hebdo par lui même

Yaldet Bégoto Oulatar, directeur de la publication de N’Djamena Hebdo, fait pour afrik.com le portrait de la presse tchadienne. M. Oulatar, qui a été incarcéré en début de semaine, sera jugé lundi de complicité de diffamation. Il encourt une peine de prison.

Le paysage médiatique tchadien se résume à six principaux titres dont un quotidien et un bi-hebdomadaire. Le premier journal indépendant est N’Djaména-Hebdo fondé en 1989, sous le régime de Hissein Habré. Le régime de la presse à l’époque était de l’autorisation préalable et N’Djaména Hebdo devrait selon cette autorisation ne se limiter qu’au traitement de l’information liée au sport, et à la culture. Point de politique. Malgré cela, le journal avait traité des problèmes de l’éducation qui avaient des implications politiques mais surtout des élections législatives de 1989 dont les résultats n’ont pas toutes été favorables aux candidats notoirement soutenus par le pouvoir. Pour être sorti, du canevas tracé, les responsables du journal avaient été convoqués au ministère de l’information pour  » un rappel à l’ordre ».

En fin 1990 surviennent les événements qui entraînent la chute de Hissein Habré et la prise du pouvoir par Idriss Déby qui lors de sa première déclaration fait le serment que désormais plus aucun journaliste ne sera poursuivi. Profitant de cela, NDJH (N’Djaména-Hebdo) dont la rédaction a été rejointe par des confères qui se trouvaient un peu  » à l’étroit » dans les médias publics s’est résolument engagé dans le traitement « non conventionnel » de l’information. Très vite, il s’est acquis une grande réputation et le tirage s’est envolé malgré le nombre encore faible de lettrés dans le pays.

Le 1er juin 1995, le siège du journal a été saccagé par les agents de l’ANS (Agence nationale pour la sécurité), les deux principaux responsables: le directeur de publication, Yaldet Bégoto Oulatar et le Rédacteur en Chef Dieudonné Djonabaye (par ailleurs correspondant de RFI) avaient été enlevés et sequestrés dans les locaux de l’ANS où ils ont subi des sévices corporels. La plainte déposée de concert avec les organisations de défense des droits de l’homme en ce moment est jusqu’aujourd’hui restée sans suite. Mais curieusement, les plaintes contre les journaux qui émanent presque exclusivement de la part des autorités font l’objet d’une célérité remarquable lors que l’on connaît la lenteur de la justice dans le pays.

Pour la dernière affaire en cours, le journal est publié le 07 novembre, M. Garondé Djarma a été arrêté le 9 novembre à 18 heures et le 10, M. Oulatar était activement recherché par les agents de la police judiciaire. La loi sur le régime de la presse au Tchad, même si elle requiert quelques amélioration est reconnue comme assez libérale par les professionnels nationaux. Etant donnée la subordination des juges au pouvoir politique les peines les plus disproportionnées sont infligées aux journalistes qui risquent encore de nos jours des peines de privation de liberté. Une illustration éloquente des relations peu cordiales entre la presse et le pouvoir est le fait que l’aide à la presse prévue par les textes nationaux depuis 1994 n’a jusqu’ici jamais été mise en place alors que les journaux éprouvent beaucoup de difficultés à survivre dans un environnement économique déprimé fait de la baisse régulière du pouvoir d’achat des ménages, d’un marché publicitaire étriqué et de tirages insignifiants.

D’une manière générale, l’appréciation qui est faite de la presse tchadienne est plutôt favorable. Une bonne qualité d’écriture, un sens de responsabilité et une bonne tenue. N’Djaména-Hebdo notamment a été primé plus de trois fois. En 1993 du Prix Lorenzo Natali de l’Union Européenne, 1996 du Prix presse et démocratie des Rencontres Médias Nord sud de la Tribune de Genève et de l’Hebdo et en 1999 du de la Libre expression de l’Union Internationale des Journalistes et de la Presse de Langue Française (UIJPLF) qui tient ses 32 èmes Assises et fête ses 50 à Paris du 26 au 30 novembre. En principe, M. Oulatar devrait être de la partie, à moins que le procès du 20 novembre en décide autrement.

Yaldet Bégoto Oulatar