« My Name is Khan », un plaidoyer contre l’islamophobie

Un cinéma indien qui reste attaché à ses codes tout en se faisant plus accessible aux autres cultures. C’est l’image que renvoie My Name is Khan de Karan Johar. Shah Rukh Kahn, demi-dieu à Bollywood, prête ses traits au héros de ce film, sorti en France ce mercredi, qui part en croisade dans l’Amérique post-11-Septembre pour faire savoir qu’islam ne rime pas avec terrorisme.

Rizvan Khan (Shah Rukh Kahn) est atteint du syndrome d’Asperger, une forme légère d’autisme. Né en Inde, il a déménagé pour vivre aux Etats-Unis auprès de son frère, à la mort de mère. A San Francisco, il tombe amoureux d’une immigrée hindoue, Mandira (Kajol), mère d’un petit garçon. Il l’épouse bientôt au grand dam de son frère. En Inde, la cohabitation entre hindous et musulmans s’est souvent transformée en bain de sang. Outre-Atlanque, la vie du couple, bien intégré, est un long fleuve tranquille jusqu’aux attentats du 11-Septembre et l’islamophobie qu’elle engendre aux Etats-Unis. Décidé à ne pas subir cette situation, Rizvan entreprend de rencontrer le président des Etats-Unis pour lui délivrer ce message : les musulmans ne sont pas des terroristes.

Pour porter ce film, Karan Johar a fait appel à des amis, mais surtout à deux grosses pointures du cinéma indien. Shah Rukh Kahn, que l’on surnomme le « King of Bollywood » et Kajol. Le trio a l’habitude de travailler ensemble et surtout le couple Kahn-Kajol est l’un des plus romantiques du cinéma indien. Notamment depuis le succès jamais démenti de Dilwale Dulhania Le Jayenge (1995) d’Aditya Chopra. Le film est encore projeté en Inde dans des salles devant lesquelles l’on fait parfois la queue.

Dans My Name is Khan, sur les écrans français, ce mercredi, Shah Rukh Kahn incarne un héros ordinaire transcendé par son quotidien et sa volonté de préserver les siens des affres de l’intolérance. Il ne défend d’ailleurs pas que les musulmans ni ne dénonce les extrémistes, ils se porte aussi au secours de ceux qui ont besoin d’aide.

Des stars indiennes pour un film engagé et ouvert sur le monde

My Name is Khan est un film qui a gardé son identité bollywoodienne : long et attentif à la bande originale. Mais Johar a décidé de passer outre les scènes de danse dans ce road-movie. Car rencontrer l’homme le plus puissant de la planète n’est pas à la portée de tous. La première partie du long métrage, comme souvent dans les films indiens, installe avec force et détails l’intrigue dans un contexte. La seconde la développe. En filigrane, dans ce plaidoyer contre la discrimination dont sont victimes les musulmans depuis le drame du 11-Septembre, c’est surtout le droit à la différence qui est mis en avant. Ce thème est décliné au travers de la maladie du héros qui le rend indifférent aux codes du reste de l’humanité et lui confère une certaine innocence, la seule capable de lui donner l’élan qu’exige le combat dans lequel il s’est engagé. Pour donner de l’ampleur à son propos, Karan Johar le met en résonance avec la situation des Afro-Américains, une population qui est également discriminée et parfois laissée pour compte. My Name is Khan fait notamment allusion aux ravages de Katrina en Louisiane. On peut au passage saluer le génie créatif du scénariste Shibani Bathija qui a réussi à trouver l’équivalent indien d’un célèbre gospel américain.

Hors caméra, l’histoire de Mandira et de Rizvan fait quelque peu écho à celle de Shah Rukh Kahn (SRK), également co-producteur du film à travers sa maison de production Red Chillies Entertainment. Il est musulman et en 2009, il a vécu aux Etats-Unis, ce que vit son héros au début du film. Son patronyme musulman, selon lui, lui a valu quelques désagréments à l’aéroport de Newark (New Jersey). SRK a également épousé une hindoue, Gauri. Un mariage qui en a dérangé plus d’un en Inde et qui a valu au couple des menaces.

Après Devdas (2002) de Sanjay Leela Bhansali, présenté au Festival de Cannes en 2003 et qui a fait connaître Shah Rukh Kahn et Aishwarya Rai sur la scène internationale, le gros succès international de La Famille indienne de Karan Johar, le cinéma indien passe à une autre vitesse. Les signes dans ce sens se multiplient. Avec My Namle is Khan, il s’ouvre au monde en lui montrant qu’il peut prendre en charge des problématiques plus globales, voire plus engagées. D’une certaine manière, il a presque anticipé le message du président Barack Obama au monde musulman. Tout en restant très « chauvin ». La diaspora indienne est très valorisée dans le film.

Les retournements de situation dans My Name is Khan n’ont rien à envier aux scénarios improbables d’Hollywood. A tel point que l’on peut se demander quelle industrie a inspiré l’autre. Mais l’interrogation est inutile, la première industrie du monde, et la troisième, Hollywood, rétrogradée par Nollywood (le cinéma nigérien) en 2009, utilisent bien évidemment les mêmes ficelles puisqu’elles font recette toutes les deux. A ceci près que les Indiens sont encore moins soucieux de crédibilité. Est-ce nécessaire dans un pays où la vocation première du cinéma est de faire rêver ? Faire réfléchir aussi, comme le montre My Name is Khan, mais le rêve prime. C’est ce postulat de départ qui fait de la dernière création de Karan Johar un bon film, en dépit des critiques (habituelles) qu’on pourrait lui opposer.