Mugabe s’en prend aux cyber-dissidents


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Après avoir coupé les moyens traditionnels de communication des groupes d’opposition – radio, télévision, journaux -, le régime de Robert Mugabe s’attaque à l’Internet. Quatorze personnes ont été arrêtées puis relâchées pour avoir diffusé un e-mail hostile au pouvoir. Elles attendent d’être jugées.

Vendredi 21 novembre dernier, quatorze personnes ont été arrêtées par les forces de police zimbabwéennes pour avoir diffusé, entre le 6 et le 11 novembre, un e-mail critiquant la politique économique du Président Robert Mugabe et demandant son départ. Dès samedi, le journal gouvernemental The Herald précisait que le mail « appelait à des manifestations violentes et à des grèves pour pousser le Président à démissionner ». Il indiquait en outre que les quatorze cyber-dissidents avaient été relâchés après avoir payé une caution de 50 000 dollars zimbabwéens (10 dollars américains) et devaient passer devant une cour de justice mercredi 26.

On ne sait pas encore si leur procès a effectivement débuté mercredi mais il apparaît que le régime Mugabe a décidé de bloquer la dernière voie qui s’offrait à l’opposition politique du pays pour s’exprimer : l’Internet. C’est la première fois que les autorités utilisent la loi, votée au Parlement en 2002, qui les autorisent à intercepter des e-mails. Selon des observateurs locaux, aucun système de surveillance des messages électroniques n’a été installé au Zimbabwe. Se pose donc la question de savoir comment la police a intercepté le mail en question qui dénonçait notamment l’hyper-inflation (de plus de 525% en ce moment), le chômage (qui flirte avec les 70%) et la propagande du gouvernement à la radio, à la télévision et dans les journaux. Il semblerait que le message lui ait été transféré.

Défendre le droit à l’Internet

« Robert Mugabe a déjà muselé les médias classiques. Nous devons faire entendre notre voix pour que l’Internet ne subisse pas le même sort », a déclaré Robert Ménard, secrétaire-général de Reporters sans frontières. « L’opposition zimbabwéenne utilise de plus en plus le Réseau pour s’organiser et diffuser des informations critiques sur le régime. C’est un droit qui ne doit pas leur être dénié. »

Depuis la fermeture du seul journal privé du pays, le Daily News en septembre dernier, les groupes d’opposition ont beaucoup de mal à se faire entendre, la radio et la télévision étant totalement contrôlées par l’Etat. La Toile est devenue un échappatoire, un moyen de communiquer et de s’organiser. Le Daily News a d’ailleurs lancé une édition Internet depuis l’Afrique du Sud. « Le Zimbabwe est l’un des premiers pays d’Afrique sub-saharienne dans lequel nous observons une répression sur Internet », explique-t-on à Reporters sans frontières. « Ce problème se pose surtout en Asie, et notamment en Chine, en Afrique du Nord et en Russie. Le retard de l’Afrique sub-saharienne en matière d’Internet explique que la répression par rapport à ce média ne soit pas encore une préoccupation principale. Au Zimbabwe, l’opposition est réellement en train de s’organiser par e-mails et c’est nouveau. Avec l’amélioration des infrastructures en Afrique noire, ce qui se passe dans ce pays pourrait devenir plus courant. »

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