La nouvelle maison du Daily News

Le quotidien d’opposition zimbabwéen, The Daily News, fait de la résistance sur Internet. Interdit de publication depuis le 12 septembre dernier, le journal contourne ainsi une censure déguisée dans un pays où l’information est bâillonnée.

Le régime croyait avoir fait taire les critiques. Il y a un mois et demi, le quotidien le plus prisé des Zimbabwéens (tirage de 900 000 à 1 million d’exemplaires) était interdit de kiosque. Les autorités ont profité d’une nouvelle loi pour refuser la demande d’accréditation faite – un peu tard – par le Daily News. Cet agitateur public, considéré comme tel par le pouvoir à cause de ses enquêtes accusant le régime du Président Mugabe, aurait dû mourir avec l’acte de décès prononcé par le MIC (Commission des médias et de l’information). Mais à l’heure des nouvelles technologies, le quotidien renaît sur la toile.

La semaine dernière, le verdict de la cour administrative d’Harare a jugé illégale la décision du MIC. Profitant de cette brèche, le quotidien s’est empressé de publier une version papier abrégée samedi dernier. Les exemplaires se sont arrachés dans tout le pays. Les autorités ont réagi comme à leur habitude, en procédant à des arrestations de plusieurs journalistes, dont quatre éditeurs, toujours sous les verrous. La police a même occupé les locaux du journal. D’où notre difficulté à joindre l’équipe du Daily News. Force est de constater que la version Internet a encore de beaux jours devant elle.

Mise en ligne depuis l’Afrique du Sud

Depuis 2000, le gouvernement surveille étroitement l’activité de la Toile. Les fournisseurs d’accès Internet privés doivent se soumettre aux autorités régulatrices en laissant à disposition tout leur équipement. C’est pourquoi l’équipe du site du Daily News s’est exilée sous des cieux plus cléments à Johannesburg, où les lois sur la liberté d’expression sont moins prohibitives. « Chaque gouvernement qui veut réguler l’information va rencontrer de grosses difficultés à cause des nouvelles technologies. Nous vivons dans ce que l’on appelle l’ère de l’information », explique Gugulethu Moyo, la juriste du journal.

La nouvelle adresse du Daily News, hébergé par Ecoweb International depuis le mois de juin, sera désormais suivie du nom de domaine sud-africain. Malgré tout, en plus des 38 millions de dollars perdus chaque jour par le journal depuis sa fermeture, le quotidien subit aussi une perte sèche au niveau de sa qualité éditoriale, totalement axée sur sa mésaventure. Avec de rares articles non datés, Le Daily News version online ne reste malheureusement qu’une plate-forme où les internautes peuvent exprimer leur désarroi.

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