Mugabe contre la menace fantôme

Les Etats-Unis prévoient d’utiliser des  » mesures intrusives et interventionnistes  » pour distribuer l’aide alimentaire au Zimbabwe. Le gouvernement d’Harare voit dans cette déclaration une volonté américaine  » d’envahir  » leur pays. La guerre des mots avant celle des sacs de maïs.

 » Les Etats-Unis prévoient d’envahir Harare « , titre le Herald zimbabwéen. La menace  » d’invasion  » américaine est à la Une de la presse d’Etat zimbabwéenne depuis mercredi. Les articles alarmistes trouvent leur source dans les propos, reportés samedi par le Washington Times, de Mark Bellamy, secrétaire d’Etat américain aux Affaires africaines. Ce dernier a déclaré que son pays pourrait avoir recours à des  » mesures intrusives et interventionnistes  » au Zimbabwe afin de distribuer l’aide alimentaire aux millions de personnes menacés par la famine.

Extrapolant les propos du secrétaire d’Etat, le Herald soutient dans son édition de mercredi que  » les Etats-Unis projettent d’envahir le Zimbabwe dans les six prochains mois en prenant comme prétexte d’apporter de l’aide aux gens « . Réponse de l’ambassade des Etats-Unis à Harare :  » Aucun officiel du gouvernement américain n’a proféré une telle menace. Nous pensons que seuls les Zimbabwéens peuvent résoudre les problèmes que connaît leur nation « .

Comme Saddam

Selon plusieurs rapports, décriés par le ministère des Affaires étrangères zimbabwéen, le Zanu-PF, parti au pouvoir, se servirait de l’aide alimentaire comme arme politique, distribuant la nourriture en priorité à ses membres et la refusant aux partisans du Mouvement pour le Changement Démocratique, principal parti d’opposition du pays. Résultat : le Programme alimentaire mondial des Nations Unies a suspendu jusqu’à nouvel ordre son aide alimentaire dans la région d’Harare.

Mark Bellamy a accusé Robert Mugabe de  » prendre son peuple en otage de la même façon que Saddam Hussein « . Il n’a cependant pas précisé quelles  » mesures  » particulières pourraient prendre les Etats-Unis afin d’acheminer l’aide, indiquant seulement que l’administration Bush  » étudiait toutes les approches « . Notamment le largage par avion, comme pour le Soudan.  » En dernier recours, nous aurons besoin d’un suivi autoritaire et agressif pour nous assurer que l’aide est correctement distribuée dans tout le pays.  » Washington fournit environ 50% de l’aide alimentaire distribuée au Zimbabwe par le Programme des Nations Unies.

Près de 6,5 millions de personnes, soit la moitié de la population du pays, sont menacées par la famine au Zimbabwe après la chute de production du maïs, entraînée par la politique d’expropriation des fermiers blancs menée par Robert Mugabe.