Mouvement sociaux à Abidjan : la presse, entre soutien et dénonciation

Les divers mouvements de grève menés, depuis le 14 juillet dernier, par les associations de consommateurs, les chauffeurs et transporteurs, ainsi que par l’Union générale des travailleurs de Côte d’Ivoire (UGTCI), la principale centrale syndicale du pays, pour protester contre la hausse des prix du carburant et la vie chère et exiger une revalorisation des salaires, a fait la « une » de la quasi-totalité des titres de la presse quotidienne abidjanaise.

Par Moriba Magassouba, correspondant de la PANA

Sous le titre « Où allons-nous? », le quotidien gouvernemental Fraternité matin exprime sans doute l’inquiétude des populations, qui font les frais du bras de fer entre les autorités et les grévistes et se demande de quoi demain sera fait. « Où allons-nous donc avec ce risque chaque jour un peu plus croissant d’embrasement du front social ? Car, à en croire certaines indiscrétions, les mouvements consuméristes s’apprêteraient également à entrer dans la danse ».

« Gbagbo et Soro secoués ! », avance Le Nouveau réveil, quotidien proche du Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI, l’ex-parti unique) qui écrit : « après avoir nargué les Ivoiriens durant huit ans, Gbagbo et son régime se trouvent, à présent, sur la corde raide ». Constatant que le gouvernement semble avoir enfin pris la mesure du danger, en convoquant ce week-end un conseil de gouvernement et un conseil des ministres extraordinaire, le journal crie à la victoire des grévistes, tout en mettant en garde contre la confection, par le camp présidentiel de « faux complots » pour faire diversion. La réaction de défense de la population a véritablement secoué les deux têtes de l’Etat. Ils ont fini par se raviser. En définitive, c’est une reculade du régime qui ne dit pas son nom et une victoire partielle du peuple », soutient notamment le quotidien.

« La rue fait reculer Gbagbo », renchérit Nord-Sud, quotidien proche de l’ex-rébellion des Forces nouvelles. Pour le journal, la convocation d’un conseil des ministres extraordinaire, trois jours après le début des mouvements constitue en fait une victoire des grévistes.

Le Patriote, quotidien proche du Rassemblement des républicains (RDR, opposition libérale), ne s’embarrasse pas pour sa part, de fioritures. Il compare la Côte d’Ivoire à un navire sur le point de couler.
« Comme un bateau ivre. Ce n’est pas le titre d’un polar hollywoodien. Pas plus qu’il ne s’agit de l’intitulé d’un roman à l’eau de rose. C’est l’image de la Côte d’Ivoire depuis maintenant quatre longs jours (…). C’est un bateau qui s’apprête à couler et dont le commandant, en dépit des cris de douleur, des lamentations et des pleurs et des appels au secours des passagers et de l’équipage, reste de marbre », soutient le journal.

« Gbagbo seul au front ! », se lamente Notre Voix, l’organe de presse du Front populaire ivoirien (FPI, socialiste, au pouvoir), qui accuse les ministres concernés directement par la crise, de ne pas avoir fait leur travail, laissant le président seul face au mécontentement des populations. Il met en cause la stratégie des « communicateurs » de la présidence et du gouvernement, qui n’ont pas su anticiper l’augmentation du carburant, en sensibilisant les populations.
« Vu le caractère délicat de la situation ivoirienne, cette action aurait dû être très précoce, massive, détaillée et de proximité. Personne au gouvernement ne semble l’avoir compris. Et les sorciers s’en saisissent aujourd’hui pour condamner l’innocent et blanchir les vrais responsables des souffrances des Ivoiriens. C’est triste », s’indigne le journal.

Le Temps », l’un des quotidiens-phare de la « presse bleue » (par référence à la couleur officielle du FPI), qui soutient le camp présidentiel, ne va pas chercher midi à quatorze heures pour dénoncer des « gens manipulés par des mains obscures » qui, selon lui, cherchent à transformer « une situation maîtrisable en drame ».

Enfin, Le Matin, quotidien appartenant à Charles Blé Goudé, le leader des « Jeunes patriotes », proche du président Gbagbo, met carrément les pieds dans le plat, qui, sur la base d’informations émanant, selon lui, des services de renseignement, annonce qu’un « coup d’Etat plane sur le régime ».

Pour le journal, la « stratégie des déstabilisateurs » est simple. « Elle consiste, explique-t-il, à jouer au maximum la carte du pourrissement, de façon à emballer facilement les populations abidjanaises, agacées par le manque continu de mobilité, dans un grave mouvement insurrectionnel qui demandera la démission du gouvernement et le départ de Laurent Gbagbo ».

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