Mouvement des Indigènes de la République : l’antiracisme politiquement incorrect

Le Mouvement des Indigènes de la République renouvelle jeudi sa marche « contre la république raciste et coloniale ». Elle est organisée tous les ans, à Paris, depuis 2005 à la date symbolique du 8 mai. Cette journée de commémoration de la victoire de la France contre le nazisme est aussi, pour l’organisation, l’occasion de rappeler que la lutte contre le racisme et le colonialisme n’est pas terminée.

Par Hanan Ben Rhouma et Martha Peciña

Les Indigènes de la République font encore parler d’eux cette année à l’occasion de leur manifestation annuelle du 8 mai, jour de l’Armistice. Tout un symbole pour le Mouvement des Indigènes de la République (MIR) qui voit le jour en janvier 2005. La loi du 23 février 2005 visant à reconnaître le rôle positif de la colonisation a confirmé que son « combat contre le néo-colonialisme », comme aime à dire Mehdi, un des fondateurs du MIR, est loin d’être terminé. Mais au-delà de cette loi, le Mouvement fait part d’un constat global du racisme en France. « On a pris conscience que les luttes anti-racistes étaient assez fragmentées : sans-papiers, sub-sahariens, quartiers populaires… chacun reste de son côté », explique Houria Bouteldja, porte-parole du MIR. « Notre objectif est celui d’un champ d’intervention globale, avec la grille de lecture post-coloniale pour nous rassembler », ajoute t-elle. Baptisé « Indigènes de la République », le Mouvement fait ainsi référence au statut de « sous-citoyen » que connaissent encore aujourd’hui, selon le MIR, les populations issues des anciennes colonies françaises. Il considère que les indépendances obtenues dans les années 1960 ne constituent en fait que le début du processus de décolonisation. Le racisme est traité comme un phénomène structurel qui trouve ses sources dans le système colonial.

Un mouvement sous le signe de la rupture

Le discours radical du mouvement s’inscrit en rupture avec d’autres mouvements plus institutionnels tels que SOS Racisme ou le MRAP (Mouvement contre le Racisme et pour l’Amitié des Peuples). « Le racisme, on ne le trouve pas qu’au FN (Front National). Marine Le Pen est bien sûr plus directe, mais d’autres formes de racisme moins explicites existent de l’extrême gauche à l’extrême droite », affirme Mehdi. Mais c’est surtout pour éviter toute récupération « d’une histoire construite par les Blancs. Au MIR, les Blancs n’auront pas le pouvoir », martèle t-il. Houria Bouteldja explique qu’il s’agit de dénoncer le Blanc en tant que dominant et non d’un racisme anti-Blanc. « Ce Blanc universel, qui n’aurait pas de bruit et pas d’odeur, » s’exprime Mehdi avec un sourire.

Le MIR, dans la lignée des « Black Panthers » ?

Sur l’affiche de l’Appel du 8 mai figure la célèbre photo des athlètes Noirs, poings levés sur le podium des Jeux Olympiques de 1968 en signe de protestation contre la politique raciste américaine. Le mouvement révolutionnaire afro-américain des Black Panthers faisait parler de lui pour sa lutte pour l’émancipation des Noirs aux Etats-Unis. Angela Davis, ex-membre de l’organisation, a contribué à développer l’idée de la triple oppression des femmes noires en articulant les liens entre sexe, race et classe.

A l’instar de cette dernière, Houria Bouteldja a créé un collectif féministe des Indigènes, qui s’attache à rappeler le caractère patriarcal de toutes les sociétés. Elle affirme ainsi une filiation du MIR avec les Blacks Panthers. Cependant, l’idéologie marxiste n’est pas revendiquée : « Nous n’avons pas abordé cette question, même s’il existe une imbrication avec la question sociale. Mais nous n’avons pas explicitement de lien avec le marxisme. Notre pensée politique est autonome ». Mais il est difficilement concevable d’imbriquer la question sociale sans se référer à l’idéologie marxiste. Un discours politique parfois maladroit, qui se cherche encore, peut-être par crainte de toute récupération ou assimilation.

Attaque en règle des médias

Les déclarations d’Houria Bouteldja ne sont pas passés inaperçus dans les médias. Suite au premier appel du MIR en février 2005, le journal Le Monde critique le mouvement dans le cadre d’un éditorial sur les nouvelles formes d’antisémitisme. Mais c’est l’usage du néologisme « souchien » pour qualifier les « Français de souche » en juin 2007 qui fait parler du mouvement. Le terme interprété par celui de « sous-chien » déclenche une polémique. L’hebdomadaire Marianne réagit dans un article intitulé « Une petite leçon de racisme ». Le Nouvel Observateur ou encore le journal Pote à Pote de SOS Racisme s’attaquent aussi au MIR qu’ils accusent de communautarisme, racisme anti-Blanc et d’antisémitisme. Cependant, Houria Bouteldja rejette et s’explique notamment sur sa position anti-sioniste : « Nous dénonçons la colonisation et les massacres d’Israël. Nous sommes intéressés par l’identité politique et non religieuse d’Israël ».

Le MIR dérange car il soulève l’existence d’un racisme structurel en France. Il n’est d’ailleurs soutenu par aucun parti politique. Et il revendique son indépendance. Les « Indigènes de la République » exigent aujourd’hui d’être reconnus. Ils estiment que rendre visible leur mouvement et légitimer leurs revendications seraient un moyen de lutter contre le communautarisme et le racisme. Le départ de la marche qu’ils organisent est fixé jeudi, à Paris (Barbès), à 14 heures.

Pour plus d’informations :

 Le site du Mouvement des Indigènes de la République