Mouloud Aounit : une voix en moins contre le racisme en France

Mouloud Aounit, dont les obsèques se sont déroulées ce jeudi, a consacré plus d’un quart de siècle à combattre les formes multiples du racisme en France. Ancien président du Mouvement contre le racisme et pour l’amitié entre les peuples (Mrap), il s’est notamment fait un devoir d’alerter ses compatriotes sur l’émergence de l’islamophobie dans son pays.

Mouloud Aounit a rejoint sa dernière demeure ce jeudi dans sa ville d’Aubervilliers. L’ancien président du Mouvement contre le racisme et pour l’amitié entre les peuples (Mrap) s’est éteint, à 59 ans, le 10 août dernier des suites d’une tumeur au cerveau à l’hôpital de la Salpêtrière à Paris. « Egalité des droits, lutte contre les discriminations, mise hors la loi des violences policières, interdiction des contrôles au faciès, abrogation des lois anti-immigrés, fermeture des centres de rétention, lutte contre l’islamophobie, droits des migrants (…) », plaidait-il encore récemment dans une tribune où il s’adressait au nouveau gouvernement de François Hollande. Le président français lui a rendu hommage par la voie d’un communiqué. Pour lui, l’action de l’ancien président du Mrap « aura fortement contribué au dialogue entre les cultures, au sein de la communauté nationale ».

Celui qui était, désormais président d’honneur du Mrap depuis 2010, avait vu le jour le 3 février 1953 à Timezrit, en Algérie française, mais c’est à Aubervilliers (Seine-Saint-Denis, région parisienne) qu’il passe son enfance et ancre sa carrière de militant et d’homme politique. La cause de sa vie : la lutte contre le racisme dans toutes ses formes. En novembre 1983, il participe à la célèbre « Marche des Beurs » entre Marseille et Paris, « pour l’égalité et contre le racisme ». Mais son militantisme remonte déjà à quelques années.

Mouloud Aounit est adhérent du Mrap depuis 1979. Il devient ensuite président de la fédération de Seine-Saint-Denis. Il n’accèdera à la présidence du mouvement qu’en 2004 et conservera son mandat jusqu’ en 2008. Quatre années marquantes, car Mouloud Aounit est un homme de convictions. Au moment de son élection, il secoue déjà le MRAP. Aounit pointait alors du doigt un racisme anti-arabe et une islamophobie naissants. « On reconnaît la spécificité de l’antisémitisme, on doit reconnaître celle de l’islamophobie », estime-t-il par exemple. « Nous craignons que le Mrap ne s’égare sur une voie qui n’est pas la nôtre celle de la défense d’une religion », lui objecte-t-on. C’est cette prise de position inédite et à contre-courant que Pierre Laurent, secrétaire national du PCF, a souligné en rendant hommage à l’ancien président du Mrap. Il « a été un des premiers à dénoncer, avec courage, l’islamophobie montante », note le responsable politique français.

Islamophobie : l’alerte de Mouloud Aounit

Le président du Mrap était aussi attaché à son double statut de citoyen et de militant, au risque de susciter la controverse. Tête de la liste du Parti communiste français (PCF) en Seine-Saint-Denis, il est également élu au conseil régional d’Ile-de-France de 2004. Quelques années plus tard, en 2007, il soutient la candidature de Marie-George Buffet, alors secrétaire nationale du PCF, à la présidentielle. Mouloud Aounit se met alors « en congé d’expression publique au niveau du Mrap ». Il doit néanmoins s’expliquer. « Si (…), écrit-il alors, je me rends disponible pour soutenir la candidature de Marie-George Buffet, c’est tout d’abord par respect et fidélité à une femme que j’ai eu l’occasion de côtoyer durant la campagne des élections régionales de 2004. »

Au sein du Mrap, ces explications n’ont pas convaincu et la fronde s’amplifie. En mai 2007, certains membres du Mouvement réclament sa démission. Ils reprochent surtout à leur président, candidat à la députation dans la 3e circonscription de Seine-Saint-Denis, de se présenter comme le « candidat des populations issues de l’immigration ». Une démarche jugée « incompatible avec la présidence d’un mouvement qui repose sur des valeurs universelles », avancent ses opposants.

Mouloud Aounit se définissait lui-même comme «quelqu’un qui déclenche des attitudes tranchées, qui ne laisse pas indifférent » dans un portrait que lui consacrait Libération (édition du 8 décembre 2003). Son combat contre les discriminations et le communautarisme feront de lui un Chevalier de l’Ordre national du mérite en 2000. Trois ans plus tard, il sera promu Chevalier de la Légion d’honneur. Pour la Ligue des droits de l’Homme (LDH), « Mouloud Aounit a pris à bras le corps les nouveaux défis d’une société qui rejetait et rejette encore ceux et celles qui, venus du passé colonial de la France, sont relégués aux marges, qu’ils soient sans-papiers, jeunes des banlieues ou tout simplement français ». Le combat demeure et le documentaire à venir de Vincent Geisser et de Jean-Michel Riera, Mouloud Aounit, une marche pour l’égalité, devrait rappeler la contribution de celui que la LDH décrit comme « un condensé de l’histoire de l’après-guerre d’Algérie en France ».