Mouammar Kadhafi s’est-il allié aux islamistes?

Dans une interview au New York Times, le fils Kadhafi déclare avoir scellé un pacte avec le chef d’un groupe d’islamistes de l’est de la Libye, pour combattre l’opposition laïque. L’information n’a pas été confirmée par l’intéressé. Jusqu’ici, Kadhafi s’est toujours battu contre les groupes djihadistes.

Opération de propagande ou changement radical de stratégie? Dans une interview accordée mercredi à Tripoli au New York Times, Seif al-Islam Kadhafi, le fils le plus médiatique du dirigeant libyen a annoncé que sa famille avait conclu un pacte avec Ali Sallabi, l’un des chefs islamistes de l’est du pays pour combattre l’opposition laïque qui tient cette partie de la Libye et menace le pouvoir de son père. Une alliance qui, a-t-il assuré, leur assurera la victoire sur les hommes du Conseil national de transition (CNT) basé à Benghazi, à l’est de la Libye. Les rebelles laïcs « vont tous s’enfuir ou être tués (…) Nous y veillerons », a-t-il indiqué. Car pour Seif al-Islam Kadhafi, les islamistes constituent « les véritables forces sur le terrain », avec lesquelles les pays occidentaux qui soutiennent le CNT doivent négocier. « Je sais que ce sont des terroristes. Ils sont sanguinaires. Ils ne sont pas bons. Mais vous devez les accepter », a-t-il déclaré.

Selon le New York Times, Ali Sallabi a reconnu avoir discuté avec Seif al-Islam, sans toutefois conformer avoir scellé un pacte avec le camp Kadhafi.

Habitué des costumes-cravates, le fils Kadhafi qui parle couramment anglais est apparu cette fois
vêtu de l’habit traditionnel, arborant une barbe broussailleuse. Il égrenait un chapelet. Pour certains observateurs, cette sortie constituerait en réalité une manœuvre visant à exploiter la confusion qui règne au sein du CNT, depuis l’assassinat dans des circonstances troubles du chef d’état major de son armée, le général Abdel Fatah Younès.

Un passé d’anti-islamistes

Cependant, si Mouammar Kadhafi se rapprochait effectivement des islamistes, cela constituerait un changement radical dans sa stratégie politique. Car peu après sa prise de pouvoir en 1969, le dirigeant prend ses distances vis-à vis des chefs religieux et engage une lutte féroce contre les islamistes. Un combat qui entraine la radicalisation de ceux-ci et aboutit, à l’orée des années 1990, à l’apparition des mouvements djihadistes concurrents des Frères musulmans, comme le Groupe islamique de combat libyen (GICL), qui a fait allégeance, en 2007, à Al Qaïda. La conception de l’islam de Kadhafi est alors très éloignée de celle des fondamentalistes. Notamment au sujet des femmes. Il leur ouvre l’accès à l’éducation, les enrôle dans l’armée et affecte certaines d’entre elles, les amazones, à sa garde personnelle. Il limite la polygamie. Lorsqu’il entame la normalisation de ses rapports avec l’occident il y a onze ans, il se présente comme le parangon de la lutte contre l’extrémisme religieux dans le Maghreb, même s’il ne cesse d’utiliser la lutte contre le terrorisme pour faire chanter l’occident et justifier sa mainmise sur la Libye.

Serait-il prêt, pour conserver son pouvoir vacillant, à embrasser ses ennemis d’hier?