Morts à Abidjan

La « marche pacifique » organisée par le PDCI et le RDR, ce jeudi, à Abidjan, et maintenue en dépit de l’interdiction de toute manifestation, a tenu ses promesses morbides. Les bilans, provisoires et contradictoires, oscillent entre 6 et 31 morts.

Abidjan s’apprêtait, mercredi, à vivre un jeudi noir. C’est chose faite. Le nombre de morts n’est pas encore connu et le bilan est provisoire. Mais ce qui est sûr, c’est que le sang a coulé, jeudi, dans la capitale de la Côte d’Ivoire. La marche pacifique organisée par le PDCI (Parti démocratique de Côte d’Ivoire) et le RDR (Rassemblement des républicains), qui reprochent au Président Laurent Gagbo de bloquer l’application des accords de paix de Marcoussis de janvier 2003, a fait au moins une dizaine de morts. Les deux formations politiques avaient maintenu leur marche alors que le Président a interdit toute manifestation jusqu’au 30 avril et réquisitionné l’armée pour maintenir l’ordre jusqu’au 15 avril. Les militants des partis d’opposition se sont heurtés jeudi matin aux policiers et aux militaires dans les quartiers périphériques d’Abidjan, où des affrontements ont éclaté.

Dans la matinée, l’état-major ivoirien a annoncé la mort de six personnes, dont deux policiers et a déclaré à 14h, sur la télévision d’Etat RTI, que la situation était sous contrôle. Ce soir, l’armée française confirme un bilan de douze morts alors que Bacongo Cissé, un représentant du RDR, parle de 31 personnes tuées dans divers quartiers de la ville. Djedje Mady, porte-parole du PDCI a quant à lui fait état de 16 morts, d’un « grand nombre de blessés par balle » et d’arrestations.

« Exécutions sommaires »

La FIDH (Fédération internationale des ligues des droits de l’Homme) a condamné ce qu’elle appelle des « exécutions sommaires ». Jeannot Koudou, conseiller du ministre de la Sécurité, a de son côté assuré que les policiers et les militaires étaient « intervenus pour maintenir l’ordre », lançant des gaz lacrymogènes et blessant plusieurs personnes. Mais il a nié qu’ils aient tiré sur la foule. A la mi-journée, le PDCI a appelé ses militants à « rentrer chez eux » pour éviter les violences et un calme inhabituel, imprégné de tension et de nervosité, régnait dans la ville. Depuis le matin, RFI, BBC Afrique et Africa n°1 avaient disparu de la bande FM à Abidjan. Air France a également annulé son vol quotidien sur la capitale ivoirienne qui devait arriver jeudi soir. Pour que les habitants restent chez eux, le gouvernement avait accordé un jour de congé, ordonnant la fermeture des écoles.

Côte politique, les ex-rebelles ivoiriens des Forces nouvelles ont annoncé en milieu d’après-midi qu’ils suspendaient leur participation au gouvernement de réconciliation nationale. Pour « protester contre la tuerie d’aujourd’hui ».