Mortel pastis en Côte d’Ivoire

Les importations sauvages d’alcool frelaté en Côte d’Ivoire provoquent la paralysie de la filière. Quatorze personnes ont déjà succombé à des liqueurs contenant de l’alcool éthylique industriel.

Dix jours. Cela fait dix jours que les distilleries ivoiriennes laissent leur alambic refroidir. En cause, la mort de quatorze personnes emportées, non par leur goût immodéré pour l’apéritif anisé, mais plutôt pour la teneur de nombreuses bouteilles de pastis ivoirien en alcool frelaté.

Selon le quotidien  » Le Jour « , l’origine de ce sinistre est à chercher chez quelques importateurs peu scrupuleux. En raison de la crise économique qui sévit en Côte d’Ivoire, ils ont trouvé bon de faire des gains de coût en utilisant de l’alcool éthylique industriel. Du coup, l’Etat a décidé de taper du poing sur la table au terme d’un conseil des ministres, le 4 mai dernier. Et d’interdire la production de pastis et de Whisky sur la totalité du territoire national.

Une mesure que redoutaient les dirigeants de la Société de distillation d’alcool de Côte d’Ivoire (Sodialci). Deux jours avant la décision gouvernementale, tout en reconnaissant que des produits frelatés circulaient sur le marché, ils ont tenu à préciser qu’il s’agissait de produits importés illégalement dans le pays. Et que la Socialci ne saurait en être tenue pour responsable. Le directeur de la société, Dominique Galli, a également visé les commissaires de la direction de la concurrence et des fraudes, s’étonnant que  » certaines sociétés procédaient à la vente d’alcool industriel (…) afin de permettre artisanalement de fabriquer des boissons, avec recettes à l’appui « .

Un préjudice de 200 millions de francs CFA

Certes, la liqueur est amère pour les fabricants et leur filière qui évaluent le préjudice financier à 200 millions de FCFA. Ceux-ci auraient en effet préféré une campagne d’assainissement du secteur qui ne se traduise pas par une cessation d’activité, mettant en péril les fabricants qui respectent les normes.

Mais devant l’ampleur du désastre, les autorités ont préféré recourir au principe de précaution, très à la mode. Il leur faudra ensuite répertorier les fabricants de produits alcooliques destinés à la consommation et les faire contrôler un par un, par les trois laboratoires nationaux existants. Une mesure qui risque d’être longue, au désespoir des responsables de la Sodialci.  » Après le mois de mai, ce sera très dur pour nous si les activités ne reprenaient pas « , a plaidé Dominique Galli. Bref, le chômage technique menace les salariés de la société. Lesquels, comble des cruautés, n’auront même pas loisir de profiter de la pause en sirotant un pastis…