Mort de Jacques Leveugle : au Maroc les victimes privées de procès


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Appel à témoin Jacques Leveugle
Appel à témoin Jacques Leveugle

Soupçonné d’avoir violé ou agressé sexuellement des dizaines d’adolescents pendant plus d’un demi-siècle, notamment au Maroc et au Niger, Jacques Leveugle est mort en détention le 19 septembre 2026. Son décès éteint l’action publique et prive les victimes africaines de la possibilité d’un procès.

Jacques Leveugle ne comparaîtra jamais devant une cour criminelle. Âgé de 79 ans, l’ancien éducateur est mort le 19 septembre à la maison d’arrêt de Lyon-Corbas, dans le Rhône, des suites d’une maladie incurable, a annoncé le parquet de Grenoble. Mis en examen et détenu depuis février 2024, il était soupçonné de viols et d’agressions sexuelles aggravés sur des mineurs, des faits qui se seraient étalés entre 1967 et 2023 dans plusieurs pays.

Les enquêteurs avaient retrouvé, dans des mémoires rédigées par le suspect, les récits concernant 89 adolescents, âgés pour la plupart de 12 à 17 ans. Au terme de leurs vérifications, 79 victimes potentielles avaient été identifiées, 55 entendues et 24 avaient déposé plainte. Selon le procureur de Grenoble, Jacques Leveugle avait reconnu les faits décrits dans ses écrits au cours de l’enquête. Sa mort éteint désormais l’action publique et, faute de jugement, sa responsabilité pénale ne sera jamais établie devant un tribunal.

Du Maroc à l’Algérie, une longue trajectoire africaine

L’Afrique occupait une place centrale dans le parcours de Jacques Leveugle. Arrivé très jeune au Maroc, il avait ensuite enseigné en Algérie entre la fin des années 1960 et le milieu des années 1970, avant de séjourner au Niger. Il s’était par la suite installé durablement à Khénifra, dans le centre du Maroc.

Dans cette ville, il s’était construit une réputation d’homme cultivé et serviable, discret, aimant passer du temps avec les enfants et leur donnant gratuitement des cours de langues. Selon d’anciens voisins et élèves cités dans la presse, cette proximité et cette respectabilité lui auraient permis de gagner la confiance de familles souvent modestes.

Plus d’une dizaine de victimes potentielles avaient été recensées au Maroc et au moins deux en Algérie. L’ampleur exacte des faits éventuellement commis au Niger demeure moins documentée. En février 2026, l’association marocaine Touche pas à mon enfant avait indiqué être prête à se constituer partie civile.

Un procès prévu en 2027, désormais annulé

Le parquet de Grenoble avait lancé le 10 février 2026 un appel à témoins pour accélérer l’identification des victimes présumées. Il espérait qu’un procès puisse se tenir en 2027 devant la cour criminelle départementale de l’Isère, pour viol et agression sexuelle sur mineur de 15 ans par personne ayant autorité. Ce procès n’aura finalement jamais lieu.

Sur les 24 plaintes déposées, la grande majorité des faits dénoncés étaient déjà prescrits. Deux plaignants faisaient exception : un homme de 45 ans qui dénonçait des faits commis en Allemagne en 1993, et un autre de 43 ans qui évoquait des actes commis entre 1996 et 1999 en France et en Espagne. Les faits recensés en Afrique étaient, pour leur part, trop anciens pour donner lieu à une condamnation en France.

Pour les victimes africaines, une enquête sans épilogue judiciaire

La mort de Jacques Leveugle laisse les victimes africaines sans procès public où faire entendre leur récit, et sans jugement établissant les responsabilités. En l’absence de verdict, et malgré ses propres aveux aux enquêteurs, Jacques Leveugle n’aura jamais été formellement reconnu coupable par un tribunal.

L’enquête aura toutefois permis d’identifier des victimes longtemps restées invisibles et de documenter comment un Français bénéficiant d’un certain prestige social a pu approcher, pendant des décennies, des adolescents vulnérables dans plusieurs pays africains.

Zainab Musa
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Zainab Musa est une journaliste collaborant avec afrik.com, spécialisée dans l'actualité politique, économique et sociale du Maghreb et de l'Afrique de l'Ouest. À travers ses enquêtes approfondies et ses analyses percutantes, elle met en lumière des sujets sensibles tels que la corruption, les tensions géopolitiques, les enjeux environnementaux et les défis de la transition énergétique. Ses articles traitent également des évolutions sociétales et culturelles, notamment à travers des reportages sur les figures influentes du Maroc et de l’Algérie. Son approche rigoureuse et son regard critique font d’elle une voix incontournable du journalisme africain francophone.
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