Montée des tensions à Abidjan

La langueur de l’été préélectoral annonce-t-elle de prochains orages politiques ? La susceptibilité de l’opinion semble en tous cas s’exacerber, alors que se précise l’éventualité d’un duel présidentiel entre Gueï et Ouattara.

Les propos de Charles Josselin, le ministre français de la Coopération qui demandait, la semaine dernière, que la prochaine élection présidentielle ivoirienne ne soit pas entâchée de  » l’exclusion artificielle  » d’un candidat – en clair Ouattara – ont provoqué une brusque flambée de colère à Abidjan. La capitale économique ivoirienne, qui se remettait à peine de l’agitation militaire de début juillet, a vu se succéder depuis vendredi des manifestations anti-françaises, suivie d’une démonstration de soutien à Alassane Dramane Ouattara – cette dernière brutalement réprimée par la police lundi 31 juillet.

Le calme est provisoirement revenu sur Abidjan. De nombreux médias, en Afrique mais aussi en Europe, jugent la situation très tendue. Selon nos témoignages cependant, les Ivoiriens continuent de vaquer à leurs occupations. Indice important, l’activité aéroportuaire n’a été en rien affectée par les troubles du week-end.

D’où vient alors ce sentiment que la paix civile est menacée dans l’un des Etats les plus stables du continent ? Il vient, sans doute, de ce que l’affrontement politique entre le général Robert Gueï, au pouvoir depuis le coup d’Etat de décembre 1999, et celui que les Ivoiriens appellent le plus souvent ADO apparaît de plus en plus inéluctable.

De l’huile sur le feu

Contrairement à l’ancien éphémère Premier ministre d’Houphouët-Boigny, le général-président ne s’est pas encore déclaré. Mais pour Jeune Afrique / L’Intelligent, entre autres, le doute n’est plus possible quant à ses intentions. Dans son édition du 1er août, l’hebdomadaire affirme que Gueï  » a déjà reçu les tee-shirts à son effigie  » en prévision de sa campagne présidentielle. Le calendrier se charge de mettre de l’huile sur le feu : le 18 août, toutes les candidatures devront être déposées.

Une confrontation électorale pacifique entre les deux hommes est possible, mais la majorité des commentateurs ne semblent pas l’envisager. La polémique à connotation raciste sur la nationalité véritable d’ADO pourra-t-elle ne pas déboucher, en effet, sur une contestation de la légitimité de sa candidature le moment venu ? Par ailleurs, Gueï veut-il et peut-il utiliser à son profit la nervosité de l’armée – un élément inédit dans le jeu politique ivoirien ?

La réponse indécise à ces deux questions conditionne à coup sûr le destin de la Côte d’Ivoire d’ici à l’élection du 17 septembre. Comment, dès lors, ne pas comprendre la tension actuelle des Abidjanais ?