Mondial 2026 : Amadou Onana ou le dilemme des bi-nationaux


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Amadou Onana-Belgique Sénégal
Amadou Onana-Belgique Sénégal

Il y a des matchs qui dépassent le simple cadre du football. Pour Amadou Onana, le seizième de finale entre la Belgique et le Sénégal qui se déroulera mercredi soir (22h heure française) appartient à cette catégorie. D’un côté, le pays qu’il représente depuis plusieurs années. De l’autre, celui qui l’a vu naître, grandir et auquel il reste profondément attaché.

Avant même le début de la Coupe du monde, le milieu de terrain belge avait confié son souhait le plus cher : éviter les Lions de la Teranga. « Ya rab, s’il te plaît, ne me fais pas jouer contre eux. Mets-moi même la France, peu importe, mais ne me mets pas le Sénégal », racontait-il récemment lors d’un entretien avec l’influenceur Just Riadh. Le destin en a décidé autrement. Cette prière est restée sans réponse. La Belgique et le Sénégal se retrouvent désormais face à face dans un duel à élimination directe où l’un des deux rêves prendra fin.

Entre deux pays, un seul cœur

Né à Dakar en 2001, Amadou Onana a vécu au Sénégal jusqu’à l’âge de 11 ans avant de rejoindre la Belgique avec sa famille. Son parcours ressemble à celui de milliers d’enfants issus des migrations africaines : une enfance enracinée dans un pays, une adolescence construite dans un autre. Mais si le football lui a fait choisir les Diables rouges, son identité, elle, demeure profondément liée au Sénégal. « Je suis un vrai Sénégalais. Je parle wolof. C’est ma langue maternelle, avant même le français ».

Ces mots ne relèvent pas d’un simple exercice de communication. Ils racontent une histoire familiale. Une grande partie de ses proches vit toujours à Dakar. Chaque année, il y retourne pour retrouver les siens, renouer avec ses habitudes et, selon ses propres mots, « se ressourcer ». Lui-même résumait cette double appartenance avec une phrase toute simple : « Je me sens autant Sénégalais que Belge ».

Le choix d’une carrière, pas d’une identité

Comme beaucoup de joueurs binationaux, Amadou Onana a dû prendre une décision que peu de supporters imaginent réellement. Choisir une sélection nationale ne signifie pas renoncer à ses origines. C’est souvent un choix sportif, parfois une opportunité de carrière, mais rarement une rupture affective. La Belgique lui a offert un projet sportif solide, une génération ambitieuse et une place au plus haut niveau international. En 2022, il choisissait officiellement les Diables rouges.

Depuis, il est devenu l’un des piliers de l’entrejeu belge et a pu s’épanouir à Aston Villa, où sa puissance physique et sa qualité de récupération en font un milieu très apprécié. Mais ce choix ne l’a jamais éloigné du Sénégal.

Un dilemme partagé par toute une génération

L’histoire d’Amadou Onana dépasse largement son cas personnel. Le football africain et européen regorge aujourd’hui de joueurs qui vivent cette même réalité. Certains ont choisi le pays de leurs parents au détriment du pays de naissance. C’est le cas par exemple de Kalidou Koulibaly, né en France mais jouant pour le Sénégal, son pays d’origine, ou encore d’Achraf Hakimi né en Espagne, mais ayant opté pour l’équipe nationale du Maroc, le pays de ses géniteurs. D’autres ont préféré le pays où ils sont nés et ont grandi, à l’image de Kylian Mbappé avec la France – lui il avait même le choix entre trois pays, la France, le Cameroun de son père et l’Algérie de sa mère – à ou Jérémy Doku avec la Belgique.

À chaque grande compétition, ces trajectoires alimentent les débats. Les supporters parlent parfois de « choix du cœur », d’autres évoquent des considérations sportives ou professionnelles. La réalité est souvent bien plus complexe. Pour ces joueurs, il ne s’agit pas d’aimer un pays au détriment d’un autre, mais de composer avec deux histoires personnelles qui coexistent.

Au-delà de la dimension affective, Amadou Onana, lui, sait aussi ce qui l’attend sur le terrain. Avant le tournoi, il décrivait le Sénégal comme une équipe « de mastodontes », capable de rivaliser avec les meilleures sélections mondiales. Un hommage qui témoigne du respect qu’il porte à une génération sénégalaise régulièrement présente au plus haut niveau depuis une décennie. Même si l’équipe sénégalaise s’est qualifiée in extremis pour ces seizièmes de finale.

Le football tranche là où les sentiments hésitent

Lorsque le coup d’envoi sera donné, Amadou Onana mettra naturellement ses émotions de côté. Sous le maillot belge, il défendra les couleurs qu’il a choisies et tentera d’envoyer son équipe en huitièmes de finale. En face, plusieurs joueurs sénégalais défendront eux aussi le pays qui les a vus naître. Quel que soit le résultat, cette rencontre rappellera une réalité de plus en plus fréquente dans le football moderne : les frontières sportives ne correspondent pas toujours aux frontières du cœur.

Amadou Onana n’est ni moins Sénégalais parce qu’il joue pour la Belgique, ni moins Belge parce qu’il parle wolof et retourne chaque année à Dakar. Son histoire illustre le visage d’un football mondialisé, où de nombreux internationaux portent plusieurs cultures en eux. Le 1er juillet, un seul drapeau figurera sur son maillot. Mais dans les tribunes comme dans son cœur, les émotions auront sans doute deux couleurs.

Serge Ouitona
Serge Ouitona, historien, journaliste et spécialiste des questions socio-politiques et économiques en Afrique subsaharienne.
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