Mon Dieu, protégez-nous de vos prêtres

Aujourd’hui, ils font plus d’effet qu’ils ne sont bons ; ce sont à vrai dire de simples placebos. Sont-ils venus pour nous perdre ? Le Cameroun a mal à son clergé. Les sacres des évêques sont des nominations ministérielles bis, les ordinations sacerdotales sont, elles, des mariages aggravés.

Le moins qu’on puisse dire c’est que tous les excès qui gangrènent l’Afrique se retrouvent dans la structure et le fonctionnement de l’Eglise catholique romaine au Cameroun : opacité, cupidité, formalismes, jalousies intestines, mondanités et course aux honneurs… Il ne s’agit pas là des moutons noirs ni des brebis galeuses, au contraire, ceux qui se distinguent sont l’exception, et c’est cela qui fait peur.

« Faites ce que je dis, non ce que je fais » ?

Les prêtres camerounais ne répugnent à compromettre leur grâce dans aucun métier : ils enseignent, soignent et guérissent, étudient, gèrent des organismes, dirigent des entreprises, gagnent des marchés, contrôlent les élections, régulent la communication, occupent les premières places dans les assemblées politiques, sont éclaboussés sur cinq colonnes à la une dans la presse à sensation et d’indiscrétion, arborent des titres démesurément longs et emphatiques…

Ce n’est pas tout, ils se marient ou vivent comme tels, se défroquent, exploitent la piété populaire (pèlerinage, culte des saints, etc.) à des fins d’enrichissement personnel, achètent des terrains à leurs amies, construisent avec un appétit furieux des châteaux pour leur progéniture à peine cachée, roulent carrosse, se querellent sur la place publique, souffrent de maladies, y compris le sida et les atteintes dites mystiques, se retrouvent devant les tribunaux, cités dans des procès d’honneur…

La preuve que les chiens ne font pas les chats, les ministres du culte sont des ministres comme des autres, les prêtres camerounais sont des Camerounais comme des autres, à l’image d’une société dont les infrastructures sont la médiocrité et la paresse. Ils sont partout présents et la société partout se porte si mal. Quelle misère!

Ils se recommandent les plus belles de leurs chrétiennes, les plus riches aussi, parfois les plus mariées, histoire de jouer les gigolos à l’occasion. Ils festoient dans les paroisses, et accueillent souvent leurs ouailles avec l’agacement contenu des gens à table qui n’aiment pas se serrer pour faire place aux derniers arrivés.

Le Cameroun est un grand corps malade, miné dans sa chair, et ses prêtres en sont comme l’épanchement de pus : il s’ensuit que ce qui se passe actuellement est peut-être le plus grand schisme que l’Eglise ait connu, le premier sous nos latitudes, celui qui l’éloigne du peuple de Dieu, pour le livrer aux nouveaux aventuriers de la foi, qui ont tant de succès dans nos villes et villages.

Les prêtres règnent et parfois se mêlent aussi de gouverner avec les puissants, en connivence avec eux pour dire que le peuple souffre de sa stupidité et de ses péchés. Dieu, n’est-ce pas, reconnaitra les siens. Les plus nantis leur font don d’enveloppes particulièrement épaisses et élèvent pour eux des Eglises à coups de milliards pompés dans les fonds publics ou chez des salariés esclavagés.

Tous ceux qui ont mis le Cameroun à sac, sur les genoux, sont des croyants modèles, souvent décorés par le Saint-Siège, ce sont des chrétiens pratiquants, des laïcs très engagés, qui chantent plus fort que tout le monde des louanges au Créateur ; ils sont sortis des écoles catholiques, ont été ordonnés ou ont manqué de peu de l’être.

« La trahison des clercs »

Dès lors, la responsabilité des hommes d’Eglise dans la débâcle de la morale publique peut-elle être éludée ? Où se cache Dieu dans la société camerounaise ? Il ne peut pas avoir fui en laissant après lui ses prêtres à la charge de pauvres hères.

Le prestige du sacerdoce n’est plus que l’égal de celui que l’on prête à des fonctions comme médecin ou ministre, il est lié à la science des prêtres plutôt que leur foi, leurs richesses davantage que leur humilité.

Pas plus tôt ordonnés que certains construisent dans leurs villages. C’est trop facile de ne rendre compte qu’à Dieu, c’est trop commode d’invoquer les dons reçus, les prêtres doivent déclarer leurs biens eux aussi au moment de leur ordination, les dons qui leur sont faits devraient rester la propriété de l’Eglise, ils doivent se soumettre à la critique de leur action, à la critique de leurs façons, et à la critique de leurs critiques.

S’ils ne se ressaisissent pas, « la trahison des clercs » aura trouvé sa traduction et sa parfaite adaptation tropicales. En attendant le bon Dieu, va-t-on au Cameroun se contenter du bon diable ? Quelle misère, je vous dis!