Moi s’en va

Après 24 ans de règne, le président kenyan Daniel arap Moi doit laisser sa place. Dix millions de citoyens voteront vendredi pour élire un nouveau candidat. Ils choisiront entre Uhuru Kenyatta, successeur désigné du président sortant, et Mwai Kibaki, candidat de l’opposition.

Alors qu’un même homme, Daniel Torotich arap Moi, dirige le pays depuis 24 ans, les Kenyans s’apprêtent à élire ce vendredi un nouveau président. Parmi les cinq candidats en lice, deux sont particulièrement susceptibles de remporter ces élections. Uhuru Kenyatta, successeur désigné de Daniel arap Moi et descendant direct de l’ancien chef d’Etat, Jomo Kenyatta, sera le candidat du Kanu, le parti présidentiel. Face à lui, Mwai Kibaki représentera l’opposition, coalisée au sein de la National Rainbow Coalition (Narc).

 » Nous misons sur une majorité de 65% en faveur de notre candidat. C’est ce qu’indiquent les sondages que nous avons faits. En réalité, ils indiquent même plus, surtout depuis que certains membres du Kanu nous ont rejoints « , se réjouit le secrétaire du Narc, Daniel Otunge. Malgré la longévité du règne de Daniel arap Moi, le Narc se dit absolument confiant dans la bonne tenue des élections et compte sur la présence des observateurs internationaux pour assurer la régularité du scrutin. L’Union africaine a notamment prévu d’envoyer 16 observateurs.  » Les élections se passeront dans la transparence et dans le calme. Même si on peut parler de quelques tensions récemment, on est très loin du contexte des élections de 1992 ou 1997 « , affirme Daniel Otunge.

Un pays sous pression

Selon Amnesty International, les Kenyans auraient pourtant été victimes de violences et de pressions sévères pendant cette dernière semaine de campagne présidentielle. Selon un rapport de l’organisation, les membres de l’opposition s’en seraient pris à des femmes lors d’un rassemblement du parti Kanu à Nairobi. Près de la ville d’Eldoret, à l’inverse, des partisans de l’opposition auraient été attaqués par des militants du Kanu. Le rapport fait état d’un  » assortiment d’armes, incluant des bâtons, des pierres, une épée, (…) un pistolet et deux fusils d’assaut  » recensés dans cette manifestation. La police appelle les citoyens au calme. Samedi, sept membres de la famille proche d’un politicien du Kanu, Dorcas Wambui, ont trouvé la mort dans la région d’Othaya. L’enquête n’a pas encore révélé si ces crimes avaient des causes politiques.

Malgré ces heurts, les 10 millions de citoyens kenyans s’apprêtent à vivre un tournant majeur de leur histoire. Daniel Arap Moi tient le pays d’une main de fer depuis 1978. Contraint au multipartisme par les instances internationales et les bailleurs de fonds en 1991, il a laissé bien peu de place à une réelle opposition. Après avoir échappé à un coup d’Etat en 1982, il a largement purgé les cadres de l’armée nationale. On lui reproche aussi la mort inexpliquée du docteur Robert Ouko, ministre des Affaires étrangères, en 1990 et sa proximité avec le scandale financier de la banque Goldenberg. Alors que son pays affichait un taux de croissance économique autour de 8% dans les années 1970, il est devenu l’un des plus pauvres du monde dans les années 80, avec un taux de chômage et de corruption records. Daniel Arap Moi ne se représentera pas, la constitution le lui interdit.