Moï capote sur les préservatifs

Le président kenyan Daniel Arap Moi a trouvé un moyen efficace d’endiguer le sida : pratiquer l’abstinence pendant au moins deux ans. Il exhorte ses compatriotes à calmer leurs ardeurs sexuelles et le gouvernement à ne pas importer  » ces choses « . Ces objets innommables s’appellent préservatifs.

 » En tant que président, cela m’embarrasse de devoir dépenser des millions de shillings à importer ces choses « . Le président kenyan Daniel Arap Moï, par pudibonderie et dégoût, n’ose même pas nommer ces  » choses  » : les préservatifs, ou capotes. Selon Moï, la meilleure façon de combattre le sida est de  » s’abstenir pendant au moins deux ans « . Il ne dit pas non plus de quoi il faut s’abstenir. Mais on devine aisément  » l’objet  » de cette abstinence. Pourquoi deux ans ? Le président n’a pas daigné donner d’explications.

C’est en réaction à la décision du gouvernement kenyan d’importer 300 millions de préservatifs que le président Daniel Arap Moï est sorti de son silence. Il a fustigé, mercredi dernier, associations et gouvernement au congrès des pharmaciens.

Moï n’aime pas le sexe débridé

Abstinence. L’appel du président à l’abstinence sexuelle a eu un écho favorable parmi les responsables religieux chrétiens et musulmans.  » L’adultère est contraire aux lois du Seigneur et importer des préservatifs signifie que davantage de personnes seront engagées dans une activité sexuelle « , s’indigne l’archevêque de Mombasa. Le clergé reproche aux jeunes kenyans de déserter l’Eglise pour des jeux éphémères.

Tout aussi remonté, le Secrétaire général du Conseil des Imams et des prêcheurs, Cheikh Mohamed Dor, qualifie la décision du gouvernement  » d’acte suicidaire « .  » L’importation d’une aussi grande quantité de préservatifs encouragerait les jeunes à accomplir des rapports sexuels prématurés « , prophétise le Cheikh.

Toute cette polémique serait risible si 700 Kenyans ne mouraient pas chaque jour du sida. Le pays compte 2,2 millions de séropositifs pour une population de 30 millions d’habitants.