Mohammed Benchicou : « Libre et intact »

Mohammed Benchicou, journaliste et directeur du journal Le Matin, a été libéré mercredi matin de la prison d’El Harach, à Alger, après avoir passé deux ans en prison. De très nombreuses personnes et journalistes étaient là pour attendre sa sortie. Trois question à Fayçal Metaoui, rédacteur en chef du quotidien algérien El Watan.

Par Louise Simondet

Le journaliste et directeur du journal Le Matin, Mohamed Benchicou, vient d’être libéré après deux ans de captivité. Trois questions à Fayçal Metaoui, rédacteur en chef du quotidien algérien El Watan.

Afrik : Comment s’est passée la libération du journaliste Mohamed Benchicou ?

Fayçal Metaoui :
Cela faisait deux ans que l’on attendait ce moment. C’était indescriptible. Sa condamnation, il y a deux ans était tout à fait arbitraire et injustifiée. Elle avait un lien étroit avec la sortie en 2004 d’un livre sur le président Bouteflika, qui n’a pas plus à l’époque au pouvoir en place. Ce qu’on peut souligner, c’est qu’il n’a eu aucune remise de peine, ni d’amnistie. A sa sortie, une petite foule d’une centaine de personnes l’attendait. Il y avait bien sûr sa femme Fatiha, entouré de ses trois enfants, les membres du comité de soutien Benchicou et des journalistes. Sa sortie de prison était un moment très émouvant. Il était à la fois heureux et paisible. Il avait l’air de quelqu’un qui, après avoir enduré deux ans dans les geôles de la prison El Harach, retrouve ceux qui l’on soutenu tout au long de son combat. Il a tenu à remercier tous ceux qui, de près ou de loin, l’on aidé à tenir. Il a dit : « Je ne suis ni affaibli physiquement, ni moralement. J’ai la même détermination. Et tout ça c’est grâce à votre soutien constant durant ces 730 jours de prison ».

Afrik : Mohamed Benchicou a-t-il parlé de projet concernant son ancien quotidien Le Matin?

Fayçal Metaoui :
Son souhait le plus cher serait qu’il reparaisse. C’est son rêve, et ça a dû lui trotter dans la tête durant ces deux ans. Mais ça ne sera pas facile, car son journal s’est arrêté pour des raisons commerciales, des dettes accumulées… Mais aujourd’hui, spécialement pour sa libération, une édition spéciale et gratuite de l’ancien quotidien Le Matin est parue et a été distribuée. Elle avait pour titre : « Libre et intact ». On pouvait y lire un article titré : « N’ayez pas peur de leurs prisons », une chronique de Mohamed Benchicou écrite en avril 2001 et d’autres articles. Cette édition était une véritable note d’espoir pour ce journal. On a voulu le bâillonner pendant deux ans, mais il est toujours vivant et plus que jamais décidé à se battre.

Afrik : Qu’en est-il de la liberté de la presse en Algérie ?

Fayçal Metaoui :
L’Algérie n’est pas encore une démocratie. La presse n’est pas censurée mais nous vivons dans un climat liberticide. Ou du moins la censure n’est pas directe. Mais la liberté d’expression est mauvaise. Des pressions existent vis-à-vis des journaux et des journalistes de la part des impôts, des institutions judiciaires. Le gros problème en Algérie, c’est que les magistrats ne sont pas indépendants. Résultat, les journalistes sont soumis aux mandats de dépôts, aux contrôles judiciaires… Nous essayons de lutter par les mots. Mohamed Benchicou est le symbole de la liberté d’expression dans notre pays. Il est sorti de prison, mais le combat continue. Aujourd’hui même, deux journalistes comparaissent devant le tribunal d’Alger pour diffamation. Nous avons encore un long chemin à parcourir et un soutien plus prononcé de l’Union européenne serait le bienvenue. Elle pourrait regarder un petit peu ce qui se passe de l’autre côté de la Méditerranée…

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